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ROCHES LUNAIRES

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Pétrologie

Les roches ignées

La Lune est composée en grande partie de roches ignées. Cependant, beaucoup de ces roches sont formées de matériaux hétérogènes fondus lors d'impacts puis recristallisés, et les échantillons de roches ignées primitives endogènes sont peu nombreux et difficiles à identifier. Les interprétations et généralisations pour l'histoire de la formation de la Lune doivent tenir compte de cette constatation.

Basaltes

Les basaltes sont des laves plus ou moins bulleuses, comportant des variétés à grain fin, d'autres à cristaux plus développés (elles sont alors souvent appelées gabbros) ; certaines sont entièrement cristallines, d'autres contiennent plus ou moins de verre. Leur texture montre que le magma dont elles proviennent a cristallisé rapidement ou assez rapidement, c'est-à-dire sur la surface de la Lune ou à faible profondeur.

Roches lunaires : composition chimique - crédits : Encyclopædia Universalis France

Roches lunaires : composition chimique

La plupart des échantillons de basalte prélevés dans les mers de la Tranquillité, des Pluies, de la Fécondité, dans l'océan des Tempêtes sont des roches d'un gris foncé possédant des caractéristiques chimiques, donc minéralogiques, communes. Ils sont riches en fer (plus de 18 p. 100 de FeO) et en titane (de 2 à 11 p. 100 de TiO2), moyennement alumineux (moins de 16 p. 100 de Al2O3) et très pauvres en alcalins. Le feldspath y est donc moins abondant que les silicates ferromagnésiens, pyroxène et olivine ; l'ilménite est toujours présente, parfois en grande quantité. La figure met en relief les différences chimiques essentielles de ces échantillons lunaires avec un basalte terrestre banal, ainsi que leurs ressemblances avec les météorites achondritiques du type eucrite. Trouvés surtout dans les mers, ces basaltes ont été appelés par les Américains mare basalts.

D'autres échantillons de basalte sont nettement plus riches en aluminium et en calcium, plus pauvres en fer et en titane. Ce sont des roches plus claires, puisqu'elles ont de 45 à 60 p. 100 de feldspath ; elles proviennent surtout des régions montagneuses.

Roches de la série anorthosite-norite-troctolite (ANT)

Les basaltes ont été trouvés non seulement en débris dans le régolite, mais aussi en gros blocs. Les roches décrites ci-dessous n'ont jamais été ramassées en gros morceaux : on les a découvertes en débris dans le sol ou incluses dans les roches composites appelées brèches. Rares dans les mers, elles forment une grande partie des autres terrains. Leur composition minéralogique correspond aux types ignés terrestres suivants :

–  anorthosite : plus de 90 p. 100 de plagioclase ;

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– anorthosite noritique ou troctolitique : de 78 à 90 p. 100 de plagioclase ; pyroxène peu calcique ou olivine ;

–  norite ou troctolite anorthositique : de 60 à 78 p. 100 de plagioclase ; pyroxène peu calcique ou olivine.

Les anorthosites et les troctolites à spinelle contiennent en outre un peu de spinelle alumineux.

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Les types terrestres sont des roches magmatiques à gros grain ; les roches lunaires de même composition paraissent avoir eu une origine plus compliquée et provenir de la recristallisation d'anciennes brèches.

La teneur en potassium de la majorité de ces roches est très faible (environ 0,04 p. 100) ; toutefois, certaines peuvent en contenir plus (mais toujours moins de 1,6 p. 100). Celles-ci contiennent alors plus de phosphore, ainsi que des concentrations en éléments en traces tels que les terres rares et le zirconium. Ces norites plus potassiques ont des compositions telles que leur point de fusion est plus faible que celui de l'ensemble des roches ANT dont elles pourraient provenir par fusion partielle.

Toutes les roches ont subi des chocs plus ou moins directs, plus ou moins intenses. Les moins atteintes sont seulement fracturées ; celles qui ont reçu directement des projectiles ont complètement fondu ; une partie s'est volatilisée (de même que le projectile), l'autre a formé des éclaboussures qui se sont vitrifiées, à cause du refroidissement rapide, soit en gouttelettes dans l'espace avant de retomber, soit en masses plus importantes se plaquant sur les roches sur lesquelles elles sont retombées. On trouve tous les états de choc intermédiaires ayant provoqué des déformations plus ou moins intenses des cristaux, et même leur transformation en verre, sans fusion.

Les brèches et les sols

Tous ces bombardements de la surface lunaire ont, d'une part, provoqué la fragmentation, la pulvérisation, le transport à plus ou moins grande distance, donc le mélange des roches ignées et de leurs dérivés choqués ; d'autre part, ils ont contribué à compacter le sol, à souder entre eux, par compression et par échauffement plus ou moins intense, les différents fragments ; les brèches en sont le résultat. Elles sont friables quand la compression n'a provoqué qu'un frittage des particules ; mais elles peuvent former aussi des roches très compactes, soudées par du verre ou plus ou moins recristallisées.

Les bombardements ont été des phénomènes à répétition, surtout au début de l'histoire lunaire, de sorte qu'existent des fragments de brèches inclus dans d'autres brèches, elles-mêmes incluses dans des brèches (dans certaines roches de Fra Mauro, on a trouvé cinq générations de brèches dans le même échantillon). Puis ils perdirent de leur intensité et contribuèrent surtout à l'effritement des roches et à la constitution de l'épaisse couche de régolite qui couvre actuellement toute la surface de la Lune. Le « sol » est donc un mélange de fragments rocheux, de minéraux, de débris de verres. Ces verres représentent des cristaux et des roches choqués ou fondus ; ils forment des éclats, des scories bulleuses, englobant des fragments minéraux, des billes. Ils constituent de 15 à 50 p. 100 du régolite fin. Cependant, le « sol orange » trouvé dans le cratère Shorty (Apollo-17) est beaucoup plus homogène et constitué pour plus de 90 p. 100 d'un verre orangé en débris fins ayant tous la même composition correspondant à celle d'un basalte des mers riche en titane. Son origine est discutée.

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Programme Apollo - crédits : Encyclopædia Universalis France

Programme Apollo

Roche lunaire - crédits : MPI/ Archive Photos/ Getty Images

Roche lunaire

Roches lunaires : composition chimique - crédits : Encyclopædia Universalis France

Roches lunaires : composition chimique

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