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ROYAUME-UNI La société britannique contemporaine

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Niveaux et modes de vie en profonde mutation

La population britannique continue d'augmenter. Depuis 1971, elle s'est accrue de 3,9 millions pour dépasser 60 millions d'habitants. Mais sa structure a changé. Elle a sensiblement vieilli avec 11,6 millions de moins de 16 ans en 2004 contre 14,2 en 1971 ; à l'inverse, les plus de 65 ans, à 9,6 millions, ont augmenté de 2,2 millions ; ils seront autour de 15 millions en 2031, c'est pourquoi l'âge officiel de retraite des femmes va passer de 60 à 65 ans (qui est déjà celui des hommes). Les familles nombreuses sont l'exception. Les mères des années 1930 ont eu en moyenne 2,45 enfants ; celles nées après 1960 en ont eu moins de deux. Avec 716 000 enfants nés vivants en 2005, les naissances continuent néanmoins de dépasser les décès, l'espérance de vie augmentant régulièrement : 77 ans pour les hommes et 81 ans pour les femmes.

Parallèlement, on assiste à une transformation de la cellule familiale. En 1998, on a enregistré 305 000 mariages, dont 180 000 premiers mariages, le chiffre le plus bas du xxe siècle. Comme ailleurs en Europe, ce déclin s'explique par la généralisation de la cohabitation. Une proportion importante des mariages (environ deux cinquièmes) sont des seconds mariages pour l'un ou les deux partenaires. Le mariage civil, possible dès 1837, mais qui n'était guère pratiqué avant les années 1960, a fini par s'imposer au point que le nombre des cérémonies civiles a dépassé celui des mariages religieux en 1993 et, en 1998, elles représentaient les deux tiers de l'ensemble des mariages ; il faut toutefois noter que les premiers mariages comportent en majorité une cérémonie religieuse. Par contre, le nombre des divorces qui, du fait de la libéralisation des années 1960, avait beaucoup augmenté dans les vingt années qui ont suivi, s'est stabilisé à un haut niveau : 160 000 en 1998 (soit 12,9 pour 1 000 personnes mariées, en régression toutefois par rapport à 1993, année record). Le nombre des cellules familiales est passé de 18,6 millions en 1971 à 24,2 millions en 2004, reflétant ainsi le double phénomène de l'accroissement global de la population et la diminution de la taille des familles. Les naissances hors mariage ont presque quadruplé en vingt-quatre ans, passant de 12 p. 100 en 1980 à 42 p. 100 en 2004. Les personnes vivant seules, qui à présent comptent pour presque un tiers des foyers, ont doublé par rapport à 1961. Quant aux familles monoparentales, elles ont triplé depuis la même date, dépassant deux millions.

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Le revenu disponible par ménage (en termes réels) a plus que doublé en trente ans. C'est que, depuis 1993, le taux de croissance est, en moyenne, de 2,6 p. 100 par an, ce qui représente la plus longue période de croissance régulière depuis un siècle. Le résultat est une baisse spectaculaire du chômage, réduit de moitié en dix ans (environ 5 p. 100 en 2005, selon les critères du B.I.T.). Surtout, le nombre des personnes « économiquement actives » augmente de cinq millions entre 1971 et 2006, malgré le vieillissement de la population, et le taux d'emploi total passe de 69,9 p. 100 en 1997 à 71,1 p. 100 en 2006 (France : 56,6 p. 100 et 63 p. 100 ; Allemagne : 63,7 p. 100 et 67,2 p. 100, respectivement). Mais, en même temps, l'écart entre hauts et bas revenus s'est creusé, en particulier dans les années 1980, sous le double effet de l'abandon des politiques de revenus des années 1960 et 1970 et de l'allégement de l'impôt sur le revenu, augmentant ainsi le nombre des familles au-dessous du seuil de pauvreté. Toutefois, le nombre d'enfants pauvres, plus de 3 millions en 1998, avait été réduit de 800 000 en 2007, à la grande satisfaction du successeur de Tony Blair, le chancelier de l'Échiquier Gordon Brown, qui fait de la lutte contre la pauvreté un axe important de sa politique.

Il reste que la Grande-Bretagne constitue une société relativement riche qui consomme beaucoup, qui jouit de loisirs très variés (en commençant par la télévision, mais où le théâtre et la musique occupent une bonne place, sans oublier le sport, notamment le football), qui sort beaucoup et qui se déplace beaucoup. Malgré la mauvaise réputation des chemins de fer nationaux, plus d'un milliard de voyageurs les ont utilisés chaque année depuis 2003. De la même façon, le nombre de voyageurs aériens a virtuellement quadruplé entre 1980 et 2004, passant de 43 à 167 millions. Ce qui n'empêche pas le réseau routier d'être à la limite de la saturation, dans le Sud-Est notamment. En 1999, il y avait sept voitures pour dix foyers ; mais, là encore, la répartition n'était pas très égale puisque 27 p. 100 des foyers possédaient deux voitures ou plus. En 1998, les Britanniques ont pris 56 millions de jours de congé (selon la définition statistique d'un minimum de quatre nuits passées loin du domicile), soit 38 p. 100 de plus qu'en 1971. La première destination reste la Grande-Bretagne elle-même ; viennent ensuite l'Espagne, la France et les États-Unis, premier pays non européen.

La société britannique reste dominée par une large majorité anglo-saxonne et celtique qui, bien entendu, en raison de son nombre, de son ancienneté d'implantation et de la formation qu'elle a reçue, fournit le gros des élites et domine la vie politique, économique, sociale et culturelle. Toutefois, ces élites se sont démocratisées, notamment grâce aux réformes successives de l'éducation. Si une bonne part d'entre elles continuent de devoir leur rang à leurs ancêtres ou à leur fortune, la promotion sociale a plutôt bien fonctionné. Les grands clubs se sont ouverts aux nouvelles élites et, plus récemment, aux femmes, entérinant avec retard la féminisation de ces mêmes élites. Ayant obtenu les mêmes droits civiques que les hommes en 1928, les femmes ne sont entrées que lentement sur le marché du travail. Dans la première moitié du xxe siècle, s'il est normal pour une jeune femme célibataire d'occuper un emploi, il apparaît tout aussi naturel qu'elle le quitte pour se marier et élever ses enfants. Seules les femmes restées célibataires ont donc une vie active très comparable à celle des hommes, notamment dans les métiers de l'enseignement et de la santé. Il n'en est plus de même après la Seconde Guerre mondiale d'autant que, dans les années 1950, l'absence de chômage important constitue une incitation à prendre un emploi. En 1971, 92 p. 100 des hommes en âge de travailler sont économiquement actifs contre 56 p. 100 des femmes du même âge ; en 2006, alors que le taux d'activité des hommes est tombé à 79 p. 100, celui des femmes s'élève à 70 p. 100. Ces dernières occupent des emplois différents de ceux des hommes et, en général, moins gratifiants et moins bien rémunérés à qualification égale. L'inégalité de revenus hommes-femmes régresse pourtant : en 2000, le revenu hebdomadaire médian des femmes a progressé de 29 p. 100, en termes réels, contre 13 p. 100 pour celui des hommes, mais l'écart médian reste important : 151 livres par semaine contre 250. En 2000, 30 p. 100 des directeurs et administrateurs de sociétés sont des femmes ; la proportion étant inverse pour les emplois de secrétariat et du commerce. Malgré tout, l'accroissement des emplois tertiaires aux dépens de ceux de l'industrie atténue les frontières entre professions masculines et féminines, et la proportion des femmes dans les élites économiques et sociales va en augmentant et ne peut que continuer de le faire puisque les étudiantes sont déjà plus nombreuses que les étudiants dans les universités et autres établissements d'enseignement supérieur. Quant aux élites politiques, elles ont résisté plus longtemps que les autres. Il faut pourtant rappeler que, en 1975, le parti conservateur a élu à sa tête une femme (Margaret Thatcher) qui devait y rester plus de quinze ans (et plus de onze ans Premier ministre, la plus longue mandature renouvelée sans interruption au xxe siècle). De plus, il y avait 122 femmes députées (19 p. 100 des effectifs) aux Communes en mars 2000, un record absolu ; et les nouvelles Assemblées créées en 1998 dans le cadre de la dévolution ont des proportions d'élues encore plus importantes : 37 p. 100 pour le parlement écossais, 40 p. 100 pour l'assemblée galloise.

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Si les classes moyennes sont attirées par l'étranger et, de plus en plus, par l'Europe, il n'en est pas de même des classes populaires qui ne voient dans leurs déplacements « sportifs » dans les pays voisins, pour encourager « leurs » équipes de football favorites, que des occasions de beuveries et de déchaînement d'un chauvinisme xénophobe. En cela, elles sont encouragées par la presse populaire, les fameux tabloïds qui rivalisent de xénophobie, anti-européenne en général, anti-allemande et anti-française en particulier. L'extraordinaire concentration de la presse écrite depuis la guerre nuit non seulement à sa diversité mais aussi à la démocratie d'opinion. Si, en 2002, les trois principaux éditeurs de titres nationaux ne contrôlent que 58 p. 100 du marché des quotidiens et 62 p. 100 du marché dominical, deux de ces éditeurs au moins portent une attention vigilante au contenu éditorial de leurs journaux. Notamment, News International, le groupe de Rupert Murdoch (35 p. 100 de l'ensemble). Ami personnel de Margaret Thatcher, proche des néo-conservateurs américains – il a également des intérêts importants aux États-Unis, dont, depuis 2007, l'influent Wall Street Journal –, il suscite une campagne virulente de « sa » presse contre Neil Kinnock, le leader travailliste, lors des élections de 1992. En 1997, il change de camp et soutient Tony Blair. C'est qu'entre-temps John Major, alors Premier ministre, a fait ratifier le traité de Maastricht (1993). Il semble que Murdoch ait une obsession : isoler la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, à défaut de l'en faire sortir. S'il reste neutre aux élections de 2001 et 2005, c'est parce que Tony Blair a renoncé à faire entrer la Grande-Bretagne dans la zone euro. Mais si ce dernier avait tenté de faire entériner le projet de constitution européenne par référendum, il est probable que la presse Murdoch se serait déchaînée à nouveau. De là à penser qu'elle puisse faire et défaire les gouvernements, il n'y a qu'un pas, qu'elle aimerait pouvoir franchir. Le plus inquiétant est que les autres groupes de presse, pour des raisons commerciales, renchérissent sur ces positions et que les dirigeants politiques restent passifs devant ces formes de pression démagogiques et populistes.

Le déséquilibre partisan de la presse de Londres a encouragé l'apparition d'une presse régionale d'opinion, plus diverse et surtout plus modérée dans son expression ; il n'a pas non plus empêché le développement d'une information radiophonique et audiovisuelle de qualité. La radio comporte deux secteurs : le secteur public de la B.B.C. (British Broadcasting Corporation) avec quatre services de portée nationale et internationale, dont l'excellent Radio-4, et une multitude de stations privées de portée régionale et locale. La télévision hertzienne comprend le service public de la B.B.C. (B.B.C. 1 et B.B.C. 2) et de Channel 4, et le secteur privé d'I.T.N. (Independent Television News), avec plusieurs chaînes régionales, et de Channel 5. À partir de 1990 se sont multipliées les chaînes câblées ou par satellite, dont BSkyB, également contrôlée par Murdoch, qui a fait une percée fulgurante. Depuis lors, la télévision britannique s'est fortement commercialisée, ce qui veut dire que le taux d'écoute est devenu le principal critère du choix des programmes, sauf sans doute à la B.B.C., qui vit de la redevance audiovisuelle sans avoir recours à la publicité. En outre, le conflit entre la B.B.C. et le gouvernement, au moment de la guerre d'Irak en 2003, a montré que la prestigieuse institution reste très jalouse de son indépendance. Il n'en a pas moins provoqué une crise en son sein. Malgré tout, la corporation a obtenu, en 2006, le renouvellement de sa charte, maintenue à peu près dans les conditions anciennes.

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Écrit par

  • : directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales

Classification

Médias

William Beveridge - crédits : Haywood Magee/ Picture Post/ Getty Images

William Beveridge

Grève des mineurs en Grande-Bretagne, 1984 - crédits : Colin Davey/ Hulton Archive/ Getty Images

Grève des mineurs en Grande-Bretagne, 1984

Immigrés jamaïcains - crédits : Chris Ware/ Hulton Archive/ Getty Images

Immigrés jamaïcains

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