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SEYCHELLES

Nom officiel République des Seychelles
Chef de l'État et du gouvernement Wavel Ramkalawan - depuis le 26 octobre 2020
Capitale Victoria
Langue officielle Aucune (L'anglais, le créole et le français sont langues nationales selon la Constitution.)
Population 119 773 habitants (2023)
    Superficie 460 km²

      Article modifié le

      La république socialiste des Seychelles (1977-1993)

      La Constitution du 29 juin 1976 instaure une république de type semi-présidentiel fidèle aux valeurs des démocraties libérales. Inclinée diplomatiquement vers l'Occident, dépourvue d'armée, elle se veut cependant ouverte au monde par-delà les concurrences idéologiques et entend donner l'image – en tirant argument de sa faiblesse même – d'un authentique non-alignement. Utopie peut-être ? L'expérience tourne court en moins d'un an. Le contrat politique unissant les deux partis dans le partage des responsabilités gouvernementales, avec établissement au sommet d'une sorte de dyarchie (J. R. Mancham est président de la République et F.-A. René Premier ministre), est rompu brutalement par le coup d'État pacifique du 5 juin 1977. En l'absence du président Mancham retenu à Londres par la conférence du Commonwealth, F.-A. René est propulsé par ses partisans à la tête de l'État. Mancham ne sera plus autorisé à revenir au pays, l'an I de la première république est déjà terminé. Ce n'est pas une simple révolution de palais, mais bien un changement complet de régime, la « véritable indépendance ». Dans son discours-programme du 29 juin 1977, le président René résume ainsi l'orientation de la nouvelle société à construire : « Depuis le 5 juin 1977, le peuple seychellois est un peuple révolutionnaire qui ne s'endormira plus comme avant. »

      L'organisation politique

      Après deux années de transition à base de décrets présidentiels, les Seychelles se donnent, le 26 mars 1979, une nouvelle Constitution dont le projet a été longuement discuté au cours de débats populaires. Elle crée un régime à la fois présidentialiste et socialiste. Les instruments du pouvoir sont au nombre de trois. Un président de la République qui cumule les fonctions de chef d'État et de chef du gouvernement (maximum dix ministres) ; élu au suffrage universel direct pour cinq ans, rééligible deux fois, il dispose de prérogatives nombreuses et importantes. Une Assemblée populaire, instance suprême en théorie, mais dont les vingt-cinq députés sont obligatoirement proposés par le parti. La création en 1977 du Front progressiste du peuple seychellois (S.P.P.F.) a introduit le système du parti unique dans un pays jusqu'ici ouvert au pluralisme. L'adoption d'un nouvel hymne national et d'un nouveau drapeau traduit la volonté de changement de société, ainsi que la promotion du créole au rang de langue officielle aux côtés de l'anglais et du français. Au bilinguisme équilibré suscité en 1976 succède un trilinguisme qui se justifie amplement par l'importance de la langue créole dans l'archipel et dans l'ensemble des îles de l'océan Indien.

      Ce schéma institutionnel d'inspiration marxiste doit être replacé dans le cadre réduit d'un pays où le jeu politique est proche de la démocratie directe. C'est dire que la tonalité et l'avenir du régime reposent essentiellement sur la personnalité du chef de l'État. Élu en 1979 avec 97,99 p. 100 des suffrages, puis réélu en 1984 et en 1989 pour un troisième et normalement dernier quinquennat, F.-A. René est à la fois chef de l'État, chef du gouvernement et secrétaire général du parti unique. Le jugement sur ce cumul de mandats au niveau le plus élevé, qui est le propre des dictatures, doit être nuancé. Il faut tenir compte notamment de l'exiguïté territoriale et humaine qui fait des Seychelles un véritable laboratoire de sociologie et d'anthropologie politique. Dénoncé parfois comme le dictateur type par ses adversaires, qui soulignent effectivement le renforcement du système policier et autres contrôles, F.-A. René apparaît néanmoins soucieux du devenir économique et social de cette société seychelloise à laquelle il appartient.

      Enjeux économiques et diplomatiques

      L'économie et la politique étrangère sont les deux domaines où le changement se manifeste le plus concrètement après 1977.

      Trois préoccupations économiques majeures guident l'action du pouvoir : la réforme agraire destinée à accroître le développement des cultures vivrières, la création d'une industrie légère et l'industrialisation de la pêche hauturière (du thon, en priorité) favorisée par l'instauration au niveau international de la zone économique exclusive des 200 miles.

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      Par ailleurs, le plan national de développement 1978-1982 privilégie en matière d'investissements trois secteurs : la pêche maritime, l'éducation et le logement social, tandis que le tourisme, déjà bien pourvu il est vrai, arrive bon dernier.

      Cela étant, le tourisme international, dont le grand élan en 1971-1974 a contribué à l'amélioration spectaculaire de l'infrastructure et à la création d'emplois dans l'hôtellerie, est le premier fournisseur de devises et de « recettes invisibles ».

      En politique étrangère, la position des Seychelles est plus nuancée que ne le suggère le discours officiel de l'époque sur le non-alignement « actif ». Parfaitement conscient de la position stratégique de l'archipel et des convoitises qu'elle suscite, le président René s'efforce de maintenir l'équilibre des rapports entre l'Est et l'Ouest. Son progressisme concerne avant tout l'océan Indien qu'il voudrait, comme d'autres, ériger effectivement en zone de paix.

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      L'entrée en vigueur en 1984, à la suite de l'Accord général signé à Victoria, capitale des Seychelles, de la Commission de l'océan Indien (C.O.I.) créée en 1982 a progressivement favorisé l'insertion des Seychelles dans l'économie des pays insulaires océano-indiens.

      Les difficultés économiques des années 1980, dues tout autant à la conjoncture internationale qu'aux effets néfastes de la politique de « planification centralisée », ne doivent pas faire oublier qu'en 1994 les Seychelles font partie des trois pays du continent africain au sens large les mieux placés au classement de l'I.D.H. (indicateur de développement humain) adopté par l'O.N.U. Cela, en soi, n'est pas un constat d'échec pour la république socialiste des Seychelles.

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      Écrit par

      • : professeur agrégé à l'université d'Aix-Marseille-III, ancien doyen de la faculté de droit et des sciences économiques de l'université de Madagascar
      • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

      Classification

      Médias

      Seychelles : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Seychelles : carte physique

      Seychelles : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Seychelles : drapeau

      Île de la Digue (Seychelles) - crédits : V. Giannella/ De Agostini/ Getty Images

      Île de la Digue (Seychelles)

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      • VICTORIA, Seychelles

        • Écrit par
        • 157 mots

        Capitale de la république des Seychelles, située sur la côte nord-est de l'île de Mahé, la plus grande de l'archipel, Victoria est la seule ville du pays et le seul vrai port des Seychelles. À la rade intérieure réservée aux petites embarcations s'ajoute un port en eaux profondes. Environ un tiers...

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