SICILE
Article modifié le
Le royaume
L'unification normande
C'est probablement en 999, à Salerne, que des chevaliers normands apparaissent en Italie méridionale. Mais il faut attendre 1016 pour que d'autres Normands, recrutés par le pape et les princes lombards, participent aux luttes de Melo contre les Byzantins. Ce sont de jeunes chevaliers, fuyant la justice ducale, attirés par l'amour de la guerre et l'appât du gain ; l'afflux, faible numériquement, continue jusqu'à la fin du xie siècle. Vers 1030, le duc de Naples cède à l'une de ces bandes le comté d'Aversa, origine de la principauté normande de Capoue. Vers 1040, un nouveau contingent s'installe à Melfi, à la frontière de la Pouille. Il s'organise sous l'autorité des fils de Tancrède de Hauteville, s'étend aux dépens des Grecs et, après avoir battu le pape en 1053 à Civitate, lui promet fidélité. Ainsi reconnus, les Normands conquièrent la Pouille et la Calabre. Le duc Robert Guiscard, fils de Tancrède de Hauteville, s'empare de Bari en 1071. Parallèlement, son frère Roger entreprend la conquête de la Sicile : Palerme tombe en 1072 et, vingt ans plus tard, l'île tout entière est normande. Robert Guiscard, protecteur de Grégoire VII dans sa lutte contre l'empereur, meurt en 1085 en tentant de s'emparer de l'Empire byzantin.
Les Normands ont ainsi constitué, d'une part, la principauté de Capoue, d'autre part, le duché de Pouille, dont le comté de Sicile est vassal. En fait, aux territoires continentaux, où duc et prince doivent tenir compte d'une aristocratie turbulente et parfois puissante, s'oppose la Sicile où le grand comte Roger Ier tient bien en main une féodalité peu nombreuse qu'il a lui-même instituée, et favorise l'immigration de Grecs de Calabre et de Lombards d'Italie du Nord pour faire pièce à l'élément musulman ; nommé vice-légat par Urbain II, il recrée dans l'île un réseau épiscopal. Aussi les ducs successeurs de Robert Guiscard ne maintiennent-ils une timide autorité que grâce au soutien de leurs puissants vassaux siciliens Roger Ier (mort en 1101) et Roger II ; celui-ci s'empare du titre ducal à la mort du duc Guillaume (1127) ; il reçoit de plus l'hommage du prince de Capoue et la soumission de Naples. Il obtient en 1130 de l'antipape Anaclet II le titre royal : pour la première fois, Midi et Sicile sont fondus en un ensemble unique, qui s'étend des Abruzzes à Malte, et occupe même un moment la côte africaine de Tripoli à la Kabylie. Roger II, roi féodal (1130-1154), s'entoure cependant de Grecs et, après l'assemblée d'Ariano (1140) où sont promulguées les premières assises (lois générales), fait respecter son autorité en envoyant sur le continent des agents royaux, justiciers et chambriers. Guillaume Ier (1154-1166) et son grand émir Maion de Bari (jusqu'en 1160) suscitent des révoltes en pratiquant un absolutisme bureaucratique ; Guillaume II (1166-1189) rétablit l'autorité royale et parfait la pyramide des agents royaux. Car le royaume, féodal dans son principe, échappe largement au réseau des fiefs. Le roi gouverne grâce à une cour qui rassemble ses vassaux, mais aussi des hommes politiques et des techniciens, surtout grecs au début, puis lombards, arabes, et même anglais. Jusqu'en 1160, le principal ministre est l'émir des émirs ; ensuite, le chancelier, qui dirige un service trilingue (latin, grec et arabe), est souvent le premier des archontes (conseillers). La douane (dīwān) financière, aux services complexes, entretient le cadastre ; elle est peuplée de caïds arabes, dirigés par des archontes grecs. Localement, les maîtres justiciers (vice-rois sur le continent), les justiciers, connétables et chambriers transmettent les ordres royaux aux bailes et aux stratèges, catépans, vicomtes des villes.
Le royaume connaît une grande prospérité : le roi, l'Église richement dotée par les Normands, les seigneurs, les villes étendent les cultures ; les relations avec l'Orient sont favorisées par les croisades : le xiie siècle est probablement l'âge d'or de cette région, que la royauté organise sans encore l'écraser ; cet essor est cependant moins vigoureux qu'en Italie du Nord. À la mort de Guillaume II, le parti national (Tancrède de Lecce) est vaincu (1194) par les armées germaniques de l'empereur Henri VI, marié à Constance, fille de Roger II. Leur fils Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), animé par l'idéal impérial qu'ont ressuscité les juristes du xiie siècle, à la fois empereur, roi de Sicile et roi de Jérusalem, est l'une des personnalités marquantes du xiiie siècle. Le royaume, lié à l'Empire, subit les contrecoups de toute la politique occidentale. Innocent III, tuteur du jeune roi, fait régner en Sicile un ordre sans cesse troublé par les Allemands et les musulmans. Après 1208, Frédéric II, majeur, fait du royaume la base de ses aspirations universalistes. À partir de 1220, il peut organiser ce royaume (où il passe la plus grande partie de sa vie), reprendre en main les châteaux, réviser les privilèges, mater les musulmans de la Sicile occidentale (dont une partie est envoyée à Lucera), créer en 1224 l'université de Naples qui doit former ses agents. Obligé par Grégoire IX de partir en croisade en 1228, il promulgue à son retour les Constitutions de Melfi qui réforment le royaume. Mais sa volonté de dominer toute l'Italie (il centralise toute son administration en Italie du Nord), son attitude jugée peu orthodoxe lui aliènent les papes Grégoire IX, qui l'excommunie, puis Innocent IV, qui le dépose. Il meurt en 1250 en Pouille. Au nom de son fils Conrad, c'est son bâtard Manfred qui gouverne le royaume, avant de devenir roi (1258-1266) ; marié à la fille du despote d'Épire, il construit en Pouille le port de Manfredonia et soutient les Gibelins de Toscane. Mais le pape, après avoir longtemps cherché, trouve un champion du guelfisme en Charles d'Anjou, frère de Saint Louis et comte de Provence. Avec l'appui des banques florentines, il s'assure du Piémont et de la Toscane, devient sénateur de Rome et tue Manfred à Bénévent (févr. 1266) ; le dernier prétendant Hohenstaufen, Conradin, est battu à Tagliacozzo (1268) et exécuté à Naples : la grande politique italienne de Frédéric II n'a abouti qu'à la victoire guelfe dans toute la péninsule et à la séparation définitive du royaume et de l'Empire.
Il ne semble pas que le gouvernement de l'empereur, qui réside en Pouille plus qu'en Sicile, ait été, au total, favorable au pays : les luttes des factions, la pression financière des guerres, la probable stagnation économique dans un cadre étroitement réglementé l'emportent sur les bienfaits d'une stricte administration appuyée sur l'idéal romain.
Angevins et Aragonais : la scission du royaume
Le roi angevin, qui distribue de nombreux fiefs à des Français, accentue la pression fiscale et s'établit à Naples ; il mécontente les Siciliens, remuants depuis la mort de Frédéric II. Le 31 mars 1282, à Palerme, un incident entraîne le massacre des Français : ce sont les « Vêpres siciliennes » ; la révolte gagne toute l'île, villes et villages se donnent des conseils : l'autonomie locale, soutenue par l'aristocratie, triomphe de la centralisation. Jean de Procida, ancien chancelier de Mandred, fait venir Pierre III d' Aragon, gendre de Manfred, qui, avec l'aide des villes gibelines, s'empare de l'île. En 1296, la Sicile, séparée de la couronne d'Aragon, passe à son second fils, Frédéric. Le traité de Caltabellotta (1302) lui donne le titre de roi de Trinacrie (le royaume angevin continental gardant le nom de Sicile). Les deux pays sont durablement séparés.
À la fin du xiiie siècle, le royaume angevin paraît être encore un État fort : si Charles Ier ne peut reconquérir la Sicile (Charles II y est prisonnier à son avènement), il reprend la politique d'expansion de ses prédécesseurs ; sa puissance au Piémont et en Toscane ne dure guère, mais il favorise la croisade de Tunis (1270) et contracte des alliances matrimoniales avec plusieurs familles franques d'Orient (Jérusalem, Achaïe) et avec la dynastie hongroise. D'où, après la mort du roi Robert (1309-1343), protecteur de Boccace et de Giotto, à qui succède sa petite-fille Jeanne Ire, d'interminables luttes entre les branches angevines de Hongrie, de Tarente, de Durazzo : Jeanne épouse André de Hongrie, assassiné en 1347, puis Louis de Tarente, avec qui elle doit fuir devant l'invasion hongroise au moment de la peste noire (1348). À la fin de sa vie orageuse, Jeanne choisit comme successeur Louis d' Anjou, frère de Charles V de France, contre Charles de Durazzo, dont le fils Ladislas est cependant le dernier grand roi de Naples. Ses guerres contre le souverain français Louis II se greffent sur les luttes de la fin du Grand Schisme ; sa politique italienne (il prend Rome en 1404 et 1413) et hongroise, sa brutalité envers l'aristocratie rappellent Frédéric II. Le règne de Jeanne II (1414-1435) n'est qu'une longue suite de mêlées confuses. En 1442, Alphonse d'Aragon s'empare de Naples ; les deux Siciles sont toutes deux dominées par les Espagnols.
La stricte administration des premiers Angevins et la réaction monarchique de Ladislas n'empêchent pas l'aristocratie de se multiplier et d'étouffer les autres catégories sociales. Le dirigisme économique, hérité des Hohenstaufen, s'exerce de plus en plus au profit des puissances commerciales de l'Italie du Nord, qui font du royaume une colonie dont l'économie vise à leur fournir blé et bétail (le Tavoliere devient une région d'élevage transhumant).
La Trinacrie aragonaise, en guerre endémique contre la « Sicile » napolitaine, accuse une décadence encore plus profonde, qu'aggrave le repli politique de l'île (dont souffre surtout Messine). Au milieu du xive siècle, l'île, déjà dépeuplée et atteinte par la peste noire, se dissout entre les factions rivales de la noblesse, renforcées par la guerre, qui se partagent le Parlement comme le pays : pendant la minorité de la reine Marie (après 1377), quatre « vicaires » administrent l'île. En 1409, la Sicile passe sous le gouvernement direct du roi Martin d'Aragon ; à partir de 1415, elle est gouvernée par des vice-rois. Les Aragonais, bien acceptés par les Siciliens qui ont fait appel à eux, considèrent l'île comme un élément de leur empire méditerranéen. Ils donnent à l'aristocratie locale et catalane des privilèges exorbitants qui annihilent toute possibilité de réforme, sans empêcher des révoltes locales (1516, 1517, 1523). La principale activité économique est l'exportation du blé en Espagne et en Afrique du Nord ; les cités marchandes (Messine, Palerme, Trapani, Catane) dépendent largement de commerçants étrangers.
La période espagnole
À la mort d'Alphonse, Naples conserve des rois particuliers (de la famille d'Aragon) pendant tout le xve siècle. La politique autoritaire et intelligente de Ferdinand Ier (Ferrante, 1458-1494) vise à développer le royaume (il embellit Naples à l'époque où se développe l'humanisme méridional) et atteint les privilèges des barons, qui conspirent avec les derniers Angevins et le pape. La politique résolument anti-aristocratique de son fils Alphonse II pousse Charles VIII de France à s'emparer du royaume (1494) avant d'être battu par Gonzalve de Cordoue : les guerres d' Italie, continuant les prétentions angevines, trouvent sur place une base sociale. L'expédition de Louis XII se solde aussi par un rapide échec (disfida di Barletta et bataille du Garigliano, 1503). Naples revient à Ferdinand le Catholique : le royaume, comme déjà la Sicile, gouverné par des vice-rois, devient une colonie espagnole. L'expédition de Lautrec (1527) est le dernier épisode français sérieux. La période espagnole, de 1415 à 1713 en Sicile, de 1504 à 1713 à Naples, marque, pour les deux viceregni, une semblable décadence, un peu plus tardive à Naples où les premiers vice-rois osent encore tenir tête à l'aristocratie. La crise de structure est aggravée par la conjoncture défavorable qui frappe toute l'Europe au xviie siècle. Le problème posé aux deux vice-rois est de tirer des deux pays le plus de ressources possible en argent (donativo) et, surtout à Naples, en hommes d'armes, sans s'aliéner une aristocratie oisive et envahissante qui risque de voir diminuer ses propres ressources. Gouvernement et barons exploitent le même peuple de paysans réduits souvent à la misère la plus noire, dans des pays où la classe moyenne se réduit à de multiples catégories d'hommes de loi, à quelques gros exportateurs et à des banquiers vivant de la dette publique. La Sicile, qui s'est autrefois donnée à l'Aragon, n'est jamais anti-espagnole. Le vieux Parlement perd tout pouvoir au xviie siècle. L'Inquisition est introduite en 1487, les Juifs sont expulsés. La société sicilienne, simplifiée et domestiquée, ne réagit plus après les révoltes du début du xvie siècle. Les vice-rois laissent l'aristocratie, qui ne fournit même plus de cadres militaires, développer ses droits féodaux ; l'Église, immensément riche, et l'Inquisition jouissent de privilèges exorbitants. L'île, coupée de l'Afrique du Nord par la politique de Charles Quint et de Philippe II, subit sans arrêt les raids musulmans qui refoulent la population dans l'intérieur. L'ancien grenier à blé ne peut même plus nourrir une population réduite.
À Naples, où les Espagnols sont arrivés par la force, la situation est plus tendue : les institutions locales, Parlement du royaume, élus de la ville de Naples, officiers en grande partie régnicoles s'opposent plus fréquemment à des vice-rois parfois énergiques. La fin du xvie siècle est marquée par des révoltes de la misère à Naples et dans les campagnes (parcourues par des bandes de brigands, tantôt révoltés, tantôt au service de l'aristocratie), qui motivent le rappel du vice-roi Olivares. L'État, extrêmement endetté, ne fournit les asistencias dues à l'Espagne qu'en aliénant les droits régaliens. Les gros négociants s'emparent des fiefs de la vieille noblesse dont la réaction est parfois violente.
Au milieu du siècle, d'une façon plus brutale mais plus courte que dans le reste de l'Europe, la crise éclate. À Naples, en juillet 1647, le pêcheur Masaniello soulève le peuple contre les « gabelles » et le mauvais gouvernement ; il est tué, mais on fait appel au duc de Guise, descendant des Angevins, qui reste à Naples jusqu'en avril 1648. Des révoltes antibaroniales font écho à ce mouvement dans les provinces.
À Palerme, une émeute de la faim éclate la même année après de mauvaises récoltes. La Pilosa, chef du mouvement, est vaincu par les corporations d'artisans, à qui l'on donne de nouveaux privilèges. D'Alesi, qui relance le mouvement après la révolte napolitaine, finit par rappeler le vice-roi. Une révolte politique, autonomiste et oligarchique, éclate en 1674 à Messine, la ville la plus active de Sicile, éternelle rivale de Palerme, et qui, à cause de sa situation, n'a jamais accepté la rupture de 1282. Louis XIV aide les rebelles, avant de les abandonner en 1678 à une répression qui anéantit la cité.
Lumières et révolutions
La guerre de la Succession d'Espagne transforme la situation politique de l'Italie : les Autrichiens s'emparent en 1707 de Naples, dont le traité d'Utrecht (1713) leur reconnaît la possession, en donnant la Sicile à la Savoie. Pendant une vingtaine d'années, le sort des deux régions reste incertain : en 1718, la Sicile revient à l'empereur ; en 1734, Charles, fils de Philippe V d'Espagne et d'Élisabeth Farnèse, conquiert le Midi ; il est reconnu en 1735 (traité de Vienne) roi des Deux-Siciles, indépendantes et unies pour la première fois depuis Charles d'Anjou.
Le régime savoyard a tenté, pendant sa brève domination en Sicile, de nombreuses réformes ; les Autrichiens, au contraire, ont besoin pour gouverner de l'ordre établi. Au reste, la structure du royaume ne se prête guère aux réformes ; dans la première moitié du xviiie siècle, les deux tiers des Siciliens vivent sur des terres féodales ; à Naples, le clergé (4 p. 100 de la population) possède peut-être le tiers des terres ; les deux tiers de la Sicile sont incultes ; le pays n'a pas de routes, mais il est partagé par des centaines de douanes et de péages ; le brigandage est général. L'aristocratie accapare revenus et pouvoirs, au détriment d'un peuple auprès duquel « les Samoyèdes pourraient paraître civilisés » (Genovesi) ; Naples est devenue une gigantesque agglomération de mendiants. La classe moyenne de juristes (le royaume compte 26 000 docteurs) ne produit que peu d'idées nouvelles, si l'on en excepte Giambattista Vico (1668-1744) ; celles-ci n'apparaissent que sous les Bourbons : avant et pendant la minorité de Ferdinant IV (1759-1825), fils de Charles III, le ministre toscan Bernardo Tanucci lutte contre les privilèges ecclésiastiques et soumet les nobles à l'impôt. La reine Marie-Caroline et le ministre John Acton favorisent les philosophes, mais le libéralisme économique se heurte à l'hostilité paysanne. En Sicile, le vice-roi Domenico Caracciolo (1781-1786) tente en vain d'établir un cadastre et d'imposer l'égalité devant l'impôt.
La réaction contre la Révolution française freine la volonté de réformes. À Naples (où une escadre française vient en 1792), et même à Palerme, l'entrée du royaume dans la première coalition (juill. 1793) n'empêche pas les clubs de se multiplier. Le roi, après avoir fait la paix (1796), envahit la République romaine : en janvier 1799, le général Championnet entre à Naples, où la république est proclamée ; le roi fuit en Sicile, où le mouvement jacobin est très faible. La république, protectorat français, se heurte aux mouvements royalistes des provinces ; Nelson la vainc facilement. En 1801, la paix de Florence laisse aux Bourbons le double royaume. Mais l'attitude hostile de la reine Marie-Caroline entraîne, en février 1806, une nouvelle invasion française ; la cour fuit à Palerme ; Joseph Bonaparte (mars 1806), puis Joachim Murat (sept. 1808) deviennent rois à Naples, la Sicile, sous protection anglaise, restant aux Bourbons : le fossé se creuse entre les deux régions.
À Naples, la « décennie française » apporte de très profonds changements et des idées nouvelles : si la constitution promise de Bayonne par le roi Joseph n'est pas appliquée, la féodalité est abolie, l'administration locale transformée ; le Blocus oblige à développer des cultures industrielles (coton). Bien que Murat, à partir de 1813, se détache de l'Empereur et veuille même se poser en champion de l'unité italienne, les Bourbons suscitent des mouvements légitimistes (soulèvement de la Calabre en 1806) que soutiennent des libéraux (la « Charbonnerie »).
La Sicile, siège de la cour des Bourbons, suit une évolution très différente sous l'autorité du commandant anglais lord William Bentinck, véritable tuteur de la monarchie grâce à son corps expéditionnaire fort de 17 000 hommes ; c'est dans le respect des traditions qu'il tente de faire évoluer l'île, en transformant le vieux Parlement en une institution de style anglais (Constitution de 1812) ; les droits féodaux sont abolis. La massive présence anglaise, les réformes, le souci de développer l'économie de l'île font apparaître une classe bourgeoise libérale (moins importante certes qu'à Naples), mais sans transformer profondément une société particulariste et fermée.
L'institution par le Congrès de Vienne d'un royaume unifié des Deux-Siciles, le retour à Naples de la cour, violemment contre-révolutionnaire, en juin 1815 (Murat, débarqué en Calabre, est tué en octobre), attisent à Naples les mouvements libéraux et unitaires, en Sicile l'agitation particulariste. La Constitution est suspendue, l'Église retrouve une partie de ses privilèges. En juillet 1820, les carbonari, dirigés par le général Pepe, se soulèvent à Naples et obtiennent l'application de la Constitution espagnole ; la révolte de Palerme est surtout dirigée contre Naples et Messine. Le Congrès de Troppau charge les Autrichiens de rétablir l'absolutisme (mars 1821) ; la répression, dirigée par le marquis de Canosa, est féroce. François Ier (1825-1830) et Ferdinand II (1830-1859), despotes parfois éclairés, ne comprennent pas les aspirations à l'unité italienne, dont ils auraient pu profiter : l'exécution des frères Bandiera, mazziniens débarqués en Calabre, condamne la monarchie (1844). La révolution sicilienne de 1848 est encore agraire, confuse et autonomiste, malgré la naissance dans l'île de sentiments pro-italiens (Amari, Crispi, La Farina) ; son extension sur le continent, où elle devient politique, oblige le roi à accorder une nouvelle constitution (abrogée en 1849). Le gouvernement, qui tente encore de moderniser le pays (télégraphe, chemins de fer), contrôle de plus en plus mal la Sicile livrée aux bandes paysannes, et ne survit qu'artificiellement. Aussi, Garibaldi, débarqué avec les Mille à Marsala le 11 mai 1860, n'a aucun mal à s'emparer de l'île, dont il se proclame dictateur ; il passe le détroit le 20 août, reçoit Victor-Emmanuel le 26 octobre. Après les plébiscites, les Deux-Siciles sont incorporées au royaume constitutionnel d'Italie.
Accédez à l'intégralité de nos articles
- Des contenus variés, complets et fiables
- Accessible sur tous les écrans
- Pas de publicité
Déjà abonné ? Se connecter
Écrit par
- Maurice AYMARD : agrégé de l'Université, lecteur à l'université de Naples, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, administrateur de la Maison des sciences de l'homme
- Michel GRAS : directeur scientifique adjoint au département des sciences de l'homme et de la société du C.N.R.S.
- Claude LEPELLEY : chargé d'enseignement à l'université de Lille
- Jean-Marie MARTIN : maître assistant à l'université de Paris-I
- Pierre-Yves PÉCHOUX : maître assistant à l'université de Toulouse-Le-Mirail, expert de l'Organisation des Nations unies à Chypre
Classification
Médias
Autres références
-
AGATHOCLE (env. 359-289 av. J.-C.)
- Écrit par Joël SCHMIDT
- 431 mots
-
ALPHONSE V LE MAGNANIME (1396-1458) roi d'Aragon et de Sicile (1416-1458)
- Écrit par Charles LESELBAUM
- 376 mots
Fils de Fernand de Antéquera et d'Éléonore d'Albuquerque, Alphonse le Magnanime fut un roi fastueux, ami des arts et de la chasse. Il a favorisé l'impérialisme aragonais en développant l'hégémonie du commerce catalan. Il monte sur le trône d'Aragon en 1416 et...
-
AMALFI
- Écrit par Jean-Marie MARTIN
- 383 mots
Ville de la province de Salerne, située sur la côte sud de la péninsule de Sorrente, au débouché de la minuscule vallée des Moulins entourée de falaises verticales qui l'isolent de l'arrière-pays. Le lieu semble avoir servi de refuge à des Campaniens fuyant les Lombards à la fin du ...
-
ATHÉNION (mort en 101 av. J.-C.)
- Écrit par Joël SCHMIDT
- 394 mots
La Sicile, confisquée aux Carthaginois au lendemain de la seconde guerre punique, à la fin du ~ iiie siècle, devient la proie des spéculateurs romains qui transforment les riches terres à blé en pâturages destinés à l'élevage extensif. Ils confient la garde du bétail à des esclaves auxquels ils...
- Afficher les 41 références
Voir aussi
- ISLAM, histoire
- BÉNÉVENT
- ITALIENNE PEINTURE, XVe s.
- CARNELIVARI MATTEO (2e moitié XVe s.)
- BYZANTIN ART
- BRONZE, sculpture
- INHUMATION
- AMPHORE
- MÉTOPE
- ROGER Ier (1031-1101) grand-comte de Sicile (1072-1101)
- ROGER II (1095 env.-1154) comte puis roi de Sicile (1105-1154)
- THÉÂTRE, architecture
- PHALARIS, tyran d'Agrigente (570-554 av. J.-C.)
- ANJOU LES
- COLONISATION ANTIQUE
- GRECQUE COLONISATION
- AGRAIRES STRUCTURES
- PEINTURE DU XVe SIÈCLE
- VASES
- FUNÉRAIRE ART
- SUCCESSION D'ESPAGNE GUERRE DE LA (1702-1714)
- RÉVOLTES SERVILES
- EX-VOTO
- SICILE, histoire
- NORMANDS
- PIERRE III LE GRAND (1239-1285) roi d'Aragon (1276-1285)
- THÈME, circonscription administrative
- MÉGARA HYBLAEA
- VÊPRES SICILIENNES
- VERRES CAÏUS LICINIUS (env. 120-43 av. J.-C.)
- BENTINCK WILLIAM HENRY CAVENDISH lord (1774-1839)
- NÉCROPOLE
- FERDINAND IV (1751-1825) roi de Naples (1759-1816) puis des Deux-Siciles sous le nom de FERDINAND Ier (1816-1825)
- MARIE-CAROLINE (1752-1814) reine de Naples
- LOUIS II D'ANJOU (1377-1417) comte de Provence et roi de Naples (1384-1417)
- ALPHONSE II (1448-1495) roi de Naples (1494-1495)
- DEUX-SICILES ROYAUME DES
- MÉDIÉVAL ART
- SERPOTTA GIACOMO (1656-1732)
- TEMPLE, Grèce antique
- VILLA ROMAINE, art et architecture
- ITALIE, géographie
- ITALIE, histoire, de 476 à 1494
- ITALIE, histoire, de 1494 à 1789
- ITALIE, histoire, de 1789 à 1870
- RENAISSANCE ITALIENNE ARTS DE LA, XVe s.
- RENAISSANCE ITALIENNE ARTS DE LA, XVIe s.
- SICILE, art
- EXODE RURAL
- VILLE, urbanisme et architecture
- HIÉRON Ier, tyran de Syracuse (478-466 av. J.-C.)
- ROME, des origines à la République
- ROME, l'Empire romain
- ARCHITECTURE DU XVIIe SIÈCLE
- ITALIENNE ARCHITECTURE
- ITALIENNE SCULPTURE
- ANTIQUITÉ, sculpture
- RENAISSANCE SCULPTURE DE LA
- RENAISSANCE ARCHITECTURE DE LA
- ROMANE ARCHITECTURE
- GOTHIQUE ARCHITECTURE
- RENAISSANCE PEINTURE DE LA
- FIGURINE
- VILLES PRIMITIVES
- ORSI PAOLO (1859-1935)
- STENTINELLO SITE ARCHÉOLOGIQUE DE
- THAPSOS SITE ARCHÉOLOGIQUE DE
- SICULES, peuple
- SICANES ou SICANIENS, peuple
- ELYMES, peuple
- MOTYÉ SITE ARCHÉOLOGIQUE DE
- MARSALA, Sicile
- ARCHITECTURE RELIGIEUSE
- TERRE CUITE, sculpture