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SUÈDE

Nom officiel Royaume de Suède
Chef de l'État Le roi Carl XVI Gustaf - depuis le 15 septembre 1973
Chef du gouvernement Ulf Kristersson - depuis le 18 octobre 2022
Capitale Stockholm
Langue officielle Suédois
Population 10 536 632 habitants (2023)
    Superficie 449 964 km²

      Article modifié le

      La Suède médiévale

      Les origines

      Le premier peuple connu en Suède est déjà celui auquel le pays doit son nom ; les Suiones, mentionnés par Tacite, qui avaient dès le ier siècle après J.-C. une grande activité maritime. Les Suédois ne prirent pas directement part aux Grandes Invasions, mais il se peut que l'origine des Gots remonte au Götaland. Vers les vie et viie siècles, l'archéologie révèle en Uppland l'existence d'une aristocratie fort riche (tombes à navires de Vendel) et d'une royauté siégeant à Uppsala, sans doute celle des Ynglingar que cite la tradition poétique. De vastes espaces boisés isolent ce foyer de culture de ses voisins, sauf vers la mer.

      Comme les autres Scandinaves, les Suédois prirent part, au ixe siècle, au premier mouvement des Vikings, surtout vers l'est. Ils fondèrent des places de traite dans les pays baltes (Grobina, en Lettonie), explorèrent les fleuves russes et, dès 839, se manifestèrent dans le bassin de la mer Noire. Il s'agit des marchands et des mercenaires que les sources regroupent sous le nom de Varègues. Des isolés tentèrent leur chance vers l'ouest. Au xie siècle, des Suédois louaient encore en grand nombre leurs bras aux princes russes et aux empereurs grecs, mais beaucoup d'autres fournissaient à Knut le Grand de substantiels renforts pour ses expéditions anglaises. Ce fut le début de l'influence occidentale.

      Royauté et christianisme

      Vers la même époque apparaissent les premiers rois historiques : Olof Sköttkonung (baptisé en 1008) et son fils Anund Jacob, qui furent chrétiens, mais dont les sujets refusèrent de se convertir. L'aristocratie paysanne de l'Uppland, enrichie par les trafics des Varègues et bien connue par les inscriptions runiques, gardait sa fidélité au grand sanctuaire païen d'Uppsala. Vers 1060, une nouvelle famille royale, issue du Götaland, entreprit d'imposer le christianisme, que répandirent des missionnaires allemands et anglais. Les diocèses furent lentement organisés dans la première moitié du xiie siècle, et un archevêché fut établi en 1164 à Uppsala. L'art roman se naturalisa en Suède. Quelques villes y furent fondées, telle Sigtuna. Toutefois, les structures sociales et politiques restaient fort archaïques. La singulière alternance de deux dynasties, les Erik et les Sverker, qui dura jusqu'à 1250, freina pendant longtemps le développement de l'État. Les seuls faits marquants du xiie siècle sont les entreprises mal connues du roi Erik en Finlande vers 1157, qui lui valurent une canonisation populaire. Cependant, les commerçants lübeckois avaient établi depuis longtemps déjà un très actif comptoir à Visby, dans l'île de Gotland, qui fut un excellent relais vers la Russie. Au début du xiiie siècle, les hanséates apparurent en nombre sur le continent suédois, offrant des débouchés à son bois, à ses fourrures, au cuivre de Falun, et plus tard au fer de Dalécarlie. Plus que ses voisins, la Suède tira bénéfice de leur intervention, qui prépara les voies d'un renouvellement radical de la société et des institutions.

      En 1250, le jarl Birger, qui détenait depuis quelque temps la réalité du pouvoir, fonda avec l'assentiment de l'aristocratie la dynastie des Folkungar. Son geste le plus significatif fut de donner à la Suède une capitale et une métropole économique : Stockholm. Il fit reconstruire par un architecte français la cathédrale d'Uppsala, marquant ainsi son ralliement à la civilisation de l'Occident. Sous ses fils, les institutions féodales se généralisèrent. Magnus Ladulås (1275-1290) fut, avec l'aide du clergé, un législateur et il accrut le territoire dominé par les Suédois en Finlande. La transformation en institution fiscale du ledung, antique levée navale aux origines quasi préhistoriques, procura des ressources appréciables.

      Les vicissitudes de l'union avec les pays scandinaves

      Bientôt les Folkungar se déchirèrent en d'atroces querelles familiales. Le pouvoir réel passa à une aristocratie étroite, éclairée mais égoïste, très liée à celle des royaumes voisins, qui gouvernait au sein du « conseil du royaume » (Riksråd). Cette classe s'accommoda sans peine du hasard successoral qui unit en 1319 les couronnes de Suède et de Norvège sur la tête du jeune Magnus Eriksson. Cette première union valut d'ailleurs aux Suédois deux avantages sensibles : la consolidation de leur frontière en Finlande, face aux Russes (1323), et en 1332 l'annexion de la province danoise de Scanie. Dans la seconde moitié du xive siècle, les choses prirent vite un tour moins favorable. La Scanie fut reperdue en 1360, en 1361 les Danois se saisirent de Gotland, cette clef de la Baltique, qu'ils gardèrent jusqu'en 1644. La couronne un moment dévolue à Albert de Mecklembourg (1367-1389), revint finalement à la belle-fille de Magnus Eriksson, la Danoise Marguerite Ire, qui fonda en 1397 l'union dite de Kalmar entre les trois royaumes scandinaves. En principe, l'Union respectait la personnalité et l'autonomie interne de chaque État ; toutefois, ce régime a laissé à l'historiographie suédoise de fort mauvais souvenirs, peut-être exagérément noircis. Il est sûr qu'en dehors d'un clan étroit de la haute aristocratie les rois danois puis allemands qui se succédèrent au xve siècle à la tête de l'union furent assez mal vus. Presque tous eurent à faire face à des soulèvements « nationaux » (le terme est traditionnel mais discutable), soutenus par d'autres couches sociales, et notamment par les chefs dalécarliens, qui devaient à l'exploitation de leurs mines puissance et richesse et entretenaient avec les Allemands des relations commerciales régulières. Souvent ces mouvements arrachèrent aux rois de l'Union la réalité du pouvoir pour le confier à des Suédois, avec le titre de régent (riksföreståndare) : Engelbrekt (1435-1436), Sten Sture l'Ancien (1471-1503), Svante Sture (1504-1511), Sten Sture le Jeune, homonyme et non parent du premier (1512-1520) ; l'un d'eux, Karl Knutsson (1448-1470), prit même impunément le titre de roi. Tantôt les souverains de l'Union firent contre mauvaise fortune bon cœur, acceptant de ne garder que le contrôle de la politique extérieure, tantôt ils réagirent avec violence. Il y eut à plus d'une reprise des heurts très sanglants, comme à Brunkeberg (1471) où paysans et mineurs suédois s'opposèrent avec succès à la chevalerie danoise et aux lansquenets allemands.

      Ces luttes se terminèrent par un épisode atroce : ce fut le massacre du parti de Sten Sture le Jeune, ordonné en 1520, sous prétexte d'hérésie, par le roi danois Christian II d'Oldenburg (« bain de sang de Stockholm »). Il rendit désormais impossible toute tentative d'union où entrerait la Suède. Le fils d'une des victimes, Gustave Eriksson Vasa, rétablit définitivement en 1523 l'indépendance du royaume ; il accentua la rupture avec le passé médiéval en adhérant progressivement, entre 1529 et 1540, à la Réforme luthérienne.

      Une civilisation brillante

      Les crises des xive et xve siècles n'empêchèrent pas la Suède de développer alors une civilisation vigoureuse. Elle fut à peu près épargnée par la détérioration de l'économie rurale qui frappa le reste de la Scandinavie. Nobles suédois et citadins allemands édifièrent des fortunes sur le commerce du cuivre et du fer. La vie intellectuelle s'intensifia, donnant naissance à d'immenses chroniques rimées et à des poésies politiques d'un souffle ardent. Et, surtout, la Suède donna à la chrétienté sainte Brigitte (1303-1373), femme de la noblesse animée d'une piété dynamique, qui se distingua en fondant le seul ordre religieux né en Scandinavie et en exerçant une profonde influence sur la papauté. En 1477, une université fut ouverte à Uppsala et, en 1510, l'imprimerie fit son apparition.

      L'art suédois de cette période se conforma davantage aux modes internationales. L'architecture de pierre subit l'influence française, celle de brique se rallia aux usages allemands. Les sculpteurs hanséatiques ont trouvé en Suède un marché très favorable : le splendide groupe élevé par Bernt Notke à la Grande Église de Stockholm pour commémorer la victoire suédoise de Brunkeberg en est le meilleur exemple. La peinture, plus naïve, garda un caractère local.

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      Cet essor de la civilisation à la fin du Moyen Âge prépare, plus directement que l'évolution politique, la transformation qui fit de la Suède au xvie siècle une grande puissance européenne.

      — Lucien MUSSET

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      Écrit par

      • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne
      • : professeur de géographie humaine, économique et régionale à l'université de Metz, U.F.R. de lettres et sciences humaines, membre de l'Académie Gustave-Adolphe d'Uppsala (Suède)
      • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et de l'Institut national des langues et civilisations orientales, professeur d'histoire contemporaine à l'institut des hautes études européennes de l'université de Strasbourg
      • : directeur honoraire de l'Institut de géographie de l'université de Paris
      • : professeur de droit public à l'université de Paris-V-René-Descartes
      • : professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université Robert-Schuman, Strasbourg
      • : maître de conférences à l'université de Caen
      • : professeur à l'université de Lille-III
      • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne
      • Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

      Classification

      Médias

      Suède : carte physique - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Suède : carte physique

      Suède : drapeau - crédits : Encyclopædia Universalis France

      Suède : drapeau

      Forêt (Suède) - crédits : Roine Magnusson/ Getty Images

      Forêt (Suède)

      Autres références

      • SUÈDE, chronologie contemporaine

        • Écrit par Universalis
      • ALLEMAGNE (Histoire) - Allemagne du XVIe et du XVIIe s.

        • Écrit par
        • 6 508 mots
        • 7 médias
        ...exclu des affaires allemandes. L'Empereur lance l' édit de Restitution qui lèse les intérêts protestants, surtout en Allemagne du Nord. En 1630, le roi de Suède Gustave-Adolphe débarque en Poméranie avec une armée. Trois raisons le décident : défense de son propre pays, extension de la domination suédoise...
      • BERGSLAG

        • Écrit par
        • 313 mots
        • 1 média

        Le terme de Bergslag désignait au Moyen Âge un groupement minier, avec ses forêts, ses villages, ses forges, auquel étaient accordés des privilèges spéciaux ; puis, à partir du xvie siècle, on a appelé ainsi tout l'ensemble des bergslag. Cet ensemble, mal délimité, s'étend sur le Värmland,...

      • BERNADOTTE FOLKE (1895-1948)

        • Écrit par
        • 1 046 mots

        Le 17 septembre 1948, deux hommes en uniforme israélien abattent à bout portant le comte Folke Bernadotte, médiateur de l'organisation des Nations unies, et son adjoint le colonel français Sérot, alors qu'ils traversent la localité de Katamon pour se rendre à Jérusalem. Soldat, humaniste...

      • BERNADOTTE JEAN-BAPTISTE (1763-1844), roi de Suède et de Norvège sous le nom de CHARLES XIV (1818-1844)

        • Écrit par
        • 547 mots
        • 1 média

        Fils d'un magistrat de Pau, engagé à dix-sept ans, sergent-major en 1788 et connu alors sous le sobriquet de « Belle Jambe », Bernadotte prend ses grades dans les armées de la Révolution, devient le lieutenant de Jourdan à l'armée de Sambre-et-Meuse puis de Bonaparte à l'armée d'Italie. Ambassadeur...

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      Voir aussi