- 1. Géographie de la Syrie
- 2. La Syrie avant la conquête arabe
- 3. La Syrie musulmane
- 4. La domination ottomane
- 5. Britanniques et Français
- 6. Le régime des colonels
- 7. Luttes pour l'indépendance politique
- 8. Stabilité retrouvée et consolidation du pouvoir du général Hafez al-Assad
- 9. Les longues années de « transition »
- 10. Succession dynastique et nouveaux enjeux régionaux
- 11. Révoltes de la société et résistance du régime Assad
- 12. Chronologie contemporaine
- 13. Bibliographie
SYRIE
Nom officiel | République arabe syrienne |
Dirigeant de facto | Ahmed al-Charaa - depuis le 1er décembre 2024 (de son nom de guerre Abou Mohammed al-Joulani) |
Premier ministre de transition | Mohammed al-Bachir - depuis le 10 décembre 2024 |
Capitale | Damas |
Langue officielle | Arabe |
Population |
23 594 623 habitants
(2023)
|
Superficie |
185 180 km²
|
Article modifié le
La Syrie musulmane
Les premières incursions arabes en Syrie furent le fait de Bédouins pillards que le calife Abū Bakr, successeur de Muhammad, voyait sans déplaisir quitter l'Arabie. Mais après que ces bandes eurent défait les forces byzantines (Adjnadain, 634), le calife envoya des troupes pour conquérir la Syrie. Son armée rencontra celle de l'empereur Héraclius sur le Yarmouk, le 20 août 636, et l'écrasa. Cette victoire décida du sort du pays. Alep et Antioche tombèrent sans résistance. Jérusalem opéra une reddition honorable en 638, après deux ans de blocus. Césarée fut occupée en 640.
Omar, successeur d'Abū Bakr, partagea la Syrie en cinq gouvernements militaires : Damas, Homs, Palestine, Jourdain et Syrie du Nord. Les habitants conservèrent leur langue, leurs tribunaux, leurs institutions municipales. Ils ne subirent pas de persécutions religieuses. Mais ils furent soumis à de lourds impôts : impôt foncier et capitation. L'occupation militaire arabe avait pour but principal l'exploitation des autochtones.
La période omeyyade
Les choses changèrent avec le calife Mu‘āwiyya, fils de Abū Sofrān l'un des conquérants de la Syrie et membre du clan illustre des Omeyyades, qui avait arraché le pouvoir à ‘Alī, cousin et gendre du prophète. Mu‘āwiyya déplaça le centre du califat de Kūfa, en Iraq, à Damas. Il se fit élire roi à Jérusalem, pria au Calvaire et sur le tombeau de Marie, épousa une Syrienne et gouverna son empire en s'appuyant sur les Syriens. Libéral et tolérant, il maintint en place les fonctionnaires chrétiens. Son chancelier, son médecin furent chrétiens. Il fit instruire son fils et successeur Yazid par un moine, fit rebâtir l'église d'Édesse détruite par un tremblement de terre. Il fonda la dynastie des Omeyyades (660-684), à laquelle succéda la dynastie apparentée des Marwānides (684-750).
Pendant cette période, l'empire arabe atteignit sa plus grande extension. Il fut divisé en neuf grandes provinces, et la province-capitale, celle de Syrie-Palestine, connut son plus brillant développement.
La Syrie demeurait largement chrétienne, surtout dans les campagnes. Les conversions à l'islam n'étaient nombreuses que dans les villes, parmi les prisonniers de guerre, et chez les Arabes syriens. À la fin du premier siècle de l'hégire (vers 722), on évaluait la population à 4 millions d'habitants, et le nombre des musulmans à 200 000. La langue usuelle était le syriaque. La population était divisée en quatre classes : les musulmans d'origine ; les maulā(convertis), fanatiques et ambitieux ; les dhimmi, ou « gens du Livre », chrétiens, juifs et sabéens, soumis aux impôts, mais conservant leur statut civil et leurs juridictions ; les esclaves, prisonniers de guerre ou victimes de rapts, qui faisaient l'objet d'un commerce prospère.
Les Arabes avaient apporté à Damas la musique et la poésie. Les Syriens cultivaient les sciences, la philosophie, la médecine, les arts plastiques et leurs architectes édifièrent d'admirables monuments : en particulier, à Jérusalem, en 692, la mosquée Al-Aqsā et la Coupole du Rocher improprement appelée « mosquée d'Omar ».
Ce florissant empire fut malheureusement affaibli par les luttes contre son voisin byzantin et finalement détruit par des dissensions internes.
Contre Byzance, la guerre, qui ne cessa jamais tout à fait, fut marquée de quelques revers arabes : invasion des Mardaïtes anatoliens vers 687 ; échec de Soliman (Solaymān) devant Constantinople en 717.
Les guerres internes se présentèrent d'abord comme des séquelles de la querelle qui avait opposé Mu‘āwiyya à ‘Alī. Le fils de ce dernier fut battu à Kerbela et périt dans la bataille. (Les musulmans shī‘ites commémorent toujours ce deuil.) En 683, le Hedjaz (Hidjāz) se révolta à son tour. Les Médinois furent écrasés à al-Harrah, et la Kaaba incendiée au cours du siège de La Mecque.
Mais c'est la rivalité entre Qaisites et Yéménites – rivalité qui se poursuivit pendant des siècles dans toute l'étendue de l'empire arabe – qui provoqua la chute des Omeyyades. Les Yéménites étaient des Arabes du Sud entrés en Syrie avant l'hégire et lors de la conquête. Les Qaisites, originaires du centre de la péninsule, étaient arrivés plus tard. Les Yéménites formaient avec les chrétiens le peuple syro-arabe sur lequel s'étaient appuyés les califes omeyyades, à l'exception des derniers. Ceux-ci abandonnèrent leur résidence de Damas, mécontentèrent les Yéménites, persécutèrent la secte musulmane libérale des Qadarites. Pour la première fois, les Syriens se révoltèrent. Le calife Marwān II réussit à étouffer la rébellion. Mais il acheva de se couper des Syriens en transportant son gouvernement en Irak. Et lorsque surgirent les ‘Abbāssides, il ne put leur opposer qu'une armée de Qaisites mésopotamiens, qui fut mise en déroute sur le fleuve Zab, en 750.
Les ‘Abbāssides
Les ‘Abbāssides – du nom de ‘Abbās, oncle du Prophète – étaient une secte dirigée par les descendants de ‘Alī, et qui avait recruté le gros de ses partisans chez les Khōrassaniens, peuple guerrier du nord de l'Iran, converti à l'islam, mais traité avec arrogance par les Arabes. Après avoir battu et tué Marwān II, les Khōrassaniens envahirent la Syrie, assassinèrent tous les Omeyyades (sauf un qui fonda la dynastie omeyyade d'Espagne), jetèrent leurs cadavres aux chiens, violèrent les sépultures des anciens califes, détruisirent leurs palais et se comportèrent dans le pays avec une sauvagerie qui provoqua un soulèvement général. Les Syriens, après des succès initiaux, furent battus. Leur pays devint une simple province, tenue par de fortes garnisons khōrassaniennes et soumise à une dure occupation. C'en était fait de l'hégémonie de la Syrie, qui fut, à partir de ce moment, soumise à la tutelle plus ou moins pesante de peuples étrangers jusqu'à son accession à l'indépendance.
Les trente-sept califes de la dynastie ‘abbāsside régnèrent théoriquement de 750 à 1258 sur un empire musulman dans lequel les Arabes ne formaient plus qu'un peuple parmi d'autres. Leur capitale fut Bagdad. La Syrie, en perpétuelle effervescence, subit un changement profond sous le règne du calife Mutawakkil (847-861) dont les persécutions religieuses provoquèrent des conversions massives à l'islam. C'est alors que le pays perdit sa coloration chrétienne.
À peu près à partir de cette époque, les mercenaires employés par les califes commencèrent à se retourner contre eux et à se tailler des royaumes à l'intérieur de l'empire. C'est ainsi que la Syrie passa sous le contrôle de dynasties d'origine turque : les Tūlūnides (878-905) et les Ikhchīdides (935-969), puis des Hamdānides (descendant du clan arabe chrétien des Banū Hamdān), qui s'installèrent dans le nord du pays et établirent une cour brillante à Alep. Mais ils furent durement attaqués par l'empereur Nicéphore qui prit Antioche, Homs, Alep (sauf la citadelle), et durent payer tribut aux Byzantins.
La période fātimide
En 909, un Ismaïlien se disant descendant de Fātimah, fille du Prophète (d'où le nom de sa dynastie : fātimide), avait fondé en Tunisie un califat shī‘ite dissident. À la tête de troupes berbères, ses successeurs conquirent l'Égypte (969), puis, la même année, la Syrie. Toutefois, dans ce pays, leur autorité fut mal établie, et la réalité du pouvoir appartint à des clans bédouins : les Hamdānides, déjà cités, auxquels succédèrent les Kilābites, les Banū Djarrāh en Palestine, les Kalbites à Damas. Cette anarchie fut mise à profit par les Seldjoukides, tribu turque au service des ‘Abbāssides qui envahirent la Syrie (1076), en chassèrent les Fātimides (exception faite de la bande côtière) et partagèrent le pays en deux sultanats établis l'un à Homs et l'autre à Antioche, après qu'il eut été repris aux Byzantins.
C'est sous les murs de cette dernière ville que les croisés apparurent en 1098. Ils battirent les Seldjoukides, malgré les secours ‘abbāssides, prirent Jérusalem (1099), vainquirent les Fātimides et établirent dans l'ouest de la Syrie un royaume latin, fédération de quatre États féodaux (royaume de Jérusalem, comté d'Édesse, principauté d'Antioche et Cilicie, comté de Tripoli), qui atteignit sa plus grande extension en 1144. Il allait alors de la Cilicie et du Tigre à la mer Rouge, limité à l'est par la vallée de l'Oronte, par l'Anti-Liban et par le Jourdain. Alep, Hamā, Homs et Damas lui payaient tribut. Mais, à partir de cette date, la décadence fut rapide. L'émir de Mossoul, Noureddine (Nūr ed-Din), s'empara du comté d'Édesse. Quelques années plus tard apparut Saladin (Salāh al-Dīn ibn-Ayyūb), Kurde qui avait obtenu le vizirat du dernier calife fātimide et régnait pratiquement sur l'Égypte. Il arracha la Syrie au fils de Noureddine et, après quelques démêlés avec la secte des Assassins, alors puissante en Syrie, il se retourna contre les Francs qu'il écrasa à Hattīn en 1187. Trois mois plus tard, Jérusalem tomba.
Maître absolu de l'Égypte après la mort du dernier calife fātimide, Saladin avait étendu son autorité de fait sur une grande partie du califat ‘abbāsside et fondé un sultanat ayyūbide du Nil au Tigre. Ses héritiers se partagèrent le sultanat, deux de ses fils héritant de la Syrie centrale (Damas) et de la Syrie du Nord ( Alep). En désaccord avec leur oncle, sultan d'Égypte, al-‘Adil, ils s'allièrent contre lui avec les croisés. Mais l'armée confédérée syro-franque fut vaincue par al-‘Adil, grâce au concours de 10 000 cavaliers recrutés à Khawārism, en Asie centrale, et la Syrie passa à nouveau sous le contrôle de l'Égypte.
Les Mamlouks
En 1250, des mercenaires serviles, d'origine turque, s'emparèrent du pouvoir en Égypte. Ce fut le début du règne des Mamlouks (Mamlūk) qui, après avoir vaincu les Mongols entrés en Syrie, portèrent les derniers coups aux croisés. Ils prirent, l'une après l'autre, leurs citadelles côtières. La dernière, Saïda, succomba en 1291.
Les sultans mamlouks gouvernèrent l'Égypte et sa colonie syrienne pendant deux siècles et demi. Cette période fut l'une des plus sombres de l'histoire syrienne. Les gouverneurs de ses cinq provinces (nyāba de Damas, Alep, Hamā, Tripoli, Safad et Karak), sans cesse déplacés par mesure de sécurité, n'avaient d'autre souci que de rançonner la population.
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Écrit par
- Fabrice BALANCHE : maître de conférences, université Lyon 2
- Jean-Pierre CALLOT : ancien élève de l'École polytechnique
- Philippe DROZ-VINCENT : professeur des Universités en science politique
- Philippe RONDOT : docteur en sociologie politique des relations internationales
- Charles SIFFERT : spécialiste économique et politique pour le Proche-Orient, conseiller privé
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