VENEZUELA
Nom officiel | République bolivarienne du Venezuela |
Chef de l'État et du gouvernement | Nicolás Maduro - depuis le 19 avril 2013 (Le 23 janvier 2019, le président de l'Assemblée nationale Juan Guaidó, contestant l'élection présidentielle de mai 2018, s'est proclamé président par intérim du Venezuela.) (En décembre 2022, l'Assemblée nationale élue en 2015 a voté la destitution de Guaidó, puis a nommé pour le remplacer une équipe de direction de trois membres.) |
Capitale | Caracas |
Langue officielle | Espagnol (Les langues indiennes sont également des langues officielles.) |
Population |
28 300 854 habitants
(2023) |
Superficie |
912 050 km²
|
Article modifié le
Histoire
Une colonisation tardive
La colonisation du territoire vénézuélien a connu deux grandes phases : la conquête proprement dite, qui s'accompagne de luttes parfois violentes avec les populations indigènes et, à partir du xviie siècle, le peuplement et l'exploitation des terres grâce à une importante main-d'œuvre esclave.
La première colonie espagnole au Venezuela, sur l'île de Cubagua, riche en huîtres perlières, est fondée en 1513. Bien que, en quelques décennies, presque toute la côte à l'ouest de Cumaná soit sous contrôle espagnol, l'emprise coloniale est moins forte que dans d'autres régions, et l'organisation territoriale ne se fait véritablement qu'à partir du xviiie siècle. Face à la pauvreté en métaux précieux, les Européens se livrent à l'exploitation des perles (Cubagua, Coche, Margarita et Cabo de Vela) mais aussi du sel, en particulier dans les mines d'Araya, considérées comme les plus importantes au monde.
À la conquête espagnole s'ajoute celle des Allemands, notamment à travers la famille des banquiers Welser à laquelle Charles Quint concède le droit d'exploiter la province de Venezuela. Durant les dix-huit ans de présence des Welser (1528-1546), les gouverneurs entreprennent, depuis la ville de Coro où ils se sont installés, une série d'expéditions à la recherche d'esclaves et d'or. C'est ainsi qu'ils découvrent de l'or dans la zone de Barquisimeto (à l'intérieur des terres) et surtout à Caracas.
Mais faute de ressources significatives en métaux précieux, la première économie coloniale est essentiellement agricole. Le blé devient, au début du xviie siècle, le principal produit d'exportation, rapidement supplanté par le tabac, exploité en particulier dans les régions côtières. Mais de nombreux producteurs se tournent vers le cacao qui, jusqu'aux années 1830, devient le principal produit d'exportation (avec les cuirs), avant d'être évincé par le café.
Cette implantation espagnole s'accompagne d'une mission d'évangélisation. À partir du milieu du xviie siècle, des juridictions territoriales sont confiées à quatre ordres religieux : les Jésuites fondent les Missions de Guayana (1646), puis les Franciscains s'installent à Píritu (1656), les Capucins à Cumaná (1657) et les Dominicains à Barinas et Apure (1709).
Les Espagnols ont toutefois des difficultés, jusqu'à la fin du xviie siècle, à asseoir une autorité incontestée au Venezuela. Ils doivent faire face aux expéditions officielles et aux actes de pirateries des Anglais, des Français et des Hollandais dans les Caraïbes. De nombreuses fortifications sont ainsi érigées dès le xvie siècle et durant les deux siècles suivants, alors que les tensions s'aggravent dans cette zone stratégique, résultats des conflits européens. De plus, le Venezuela s'accommode de ne pas être trop dépendant de la métropole pour régler ses problèmes de façon autonome, en créant notamment des circuits commerciaux et en favorisant ainsi l'émergence d'un groupe social sachant défendre ses positions et ses privilèges.
La population compte, au début du xviie siècle, selon la relation faite en 1607 par Diego Villanueva, 4 425 Blancs et 19 160 Indiens (soumis au tribut). Dans la zone orientale, il faut attendre l'œuvre des missionnaires pour que le processus de peuplement s'accélère. En 1650, la population totale était d'environ 370 000 habitants dont 280 000 Indiens, 30 000 Blancs, 20 000 Métis, 30 000 Noirs et 10 000 Mulâtres.
Le siècle des réformes (1717-1804)
Le xviiie siècle est une période de réformes fondamentales d'un point de vue politique et militaire, qui commence avec la création, en 1717, de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade. L'objectif premier de ces réformes est d'imposer une meilleure centralisation des organes de pouvoir, notamment afin de contrôler la contrebande hollandaise basée à Curaçao qui sévit particulièrement dans la province de Caracas. Par un ordre royal du 12 février 1742, toutes les provinces sont de nouveau réunies sous le commandement du capitaine général du Venezuela et séparées de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade. Cette décision coïncide avec la concession du monopole commercial sur les provinces de Venezuela et Maracaibo à la Compagnie Guipuzcoana (fondée en 1728 par des Basques avec le soutien du roi d'Espagne). Avec ces premières restructurations administratives entreprises sous le règne de Charles III (1759-1788), Caracas impose de plus en plus sa prééminence sur les autres provinces. Ainsi, la province de Caracas comptera, en 1810, 427 205 habitants, soit environ 50 % de la population totale, parmi lesquels 31 721 résident à Caracas, où un petit noyau de 658 familles détient toutes les terres cultivables et de pâture. L'unification des territoires, avec la centralisation des organes administratifs et politiques à Caracas, aiguise donc les rivalités interrégionales, alors même que l'économie de la province est dans une phase dynamique et que les hacendados ont accru leur pouvoir. La capitainerie générale du Venezuela est fondée par la Real ordendu 8 septembre 1777 afin de réunir politiquement et militairement les provinces. Le territoire est également unifié au niveau judiciaire par son intégration à la Audiencia de Saint-Domingue.
Un nouveau pas est franchi avec la création, en 1786, du Tribunal de commerce (Real Consulado) et surtout de la Real Audiencia de Caracas en février 1787 (le plus haut échelon administratif). Enfin, en 1804, Caracas est élevée au rang de siège métropolitain et, la même année, est créé l'archevêché de Caracas.
La capitainerie générale du Venezuela se caractérise par une population très hétérogène liée à la traite des esclaves. Les Métis exercent principalement des activités d'artisanat et de commerce, et les affranchis forment de plus en plus une main-d'œuvre salariée, notamment dans les plantations de canne à sucre. La population blanche est divisée entre les blancos de orilla − Blancs de la côte en majorité commerçants, artisans et salariés agricoles −, les grandes cacaos oumantuanos − riches propriétaires de terres et d'esclaves −, et les créoles exerçant des professions libérales, administratives ou appartenant au clergé. Ces derniers constituent une véritable oligarchie, opposée à tout métissage, contrôlant en partie les ayuntamientos (municipalités), monopolisant les charges vénales et dirigeant les milices. Toutefois, les plus hautes charges administratives restent réservées aux Espagnols de la métropole qui représentent à peine 2 % de la population. Les esclaves, un quart de la population totale, sont, comparativement aux autres colonies, peu nombreux. Cependant, en raison de leur concentration dans les plantations, de précédents de révoltes (la révolution haïtienne de 1804) et de l'existence de pueblos de cimarrones (villages d'esclaves noirs fugitifs) enfuis des plantations, ils représentent un danger pour les créoles. Quant aux Indiens, certains possèdent des propriétés en tant que descendants de caciques, et la plupart appartiennent à des communautés indigènes propriétaires de leurs terres.
Les tensions sociales sont donc importantes et les révoltes d'esclaves sont nombreuses (révolte de Coro en 1795, soulèvement à Mérida en 1781, complot « noir » à La Guaira en 1798, plan de soulèvement à l'initiative de Noirs et de Mulâtres à Maracaibo en 1799, et à Barcelona en 1801). Ces dernières se réclament explicitement des idées de la Révolution française. Toutefois, en raison de la nature des revendications (droit à l'égalité prôné par les Mulâtres) et en dépit d'un discours « révolutionnaire », ces mouvements ne sont pas annonciateurs des réactions suscitées par l'invasion de l'Espagne en 1808 par Napoléon qui ont conduit à la rupture avec la métropole. Celle-ci est, en premier lieu, une réponse politique à la crise monarchique.
Une indépendance précoce sur fond de guerre civile (1808-1830)
Dès les mois de mai et de juin 1808, des juntes insurrectionnelles provinciales sont formées en Amérique hispanique au nom de la légitimité historique du monarque, de la religion et de la défense de la patrie face à l'invasion française de l'Espagne. Au Venezuela, des Caraqueños (créoles et métropolitains) tentent à deux reprises, en juillet et en novembre, de fonder une junte, en vain. Malgré la nomination, en mai 1809, d'un nouveau capitaine général, deux « conspirations » créoles, l'une le 24 décembre 1809 et l'autre en janvier 1810, notamment à l'initiative de Simón Bolívar, sont déjouées. Mais le 19 avril 1810, les élites créoles forment une junte de gouvernement autonome qui se proclame « conservatrice des droits du monarque », là encore en réponse aux événements de la péninsule. Toutefois, lors de la réunion du Congrès constituant, la question de l'indépendance est posée, sous la pression des plus radicaux (Francisco Miranda en particulier, et les membres de la Société patriotique). Finalement, l'indépendance du Venezuela est proclamée le 5 juillet 1811 et la Constitution, votée en décembre, instaure la Première République du Venezuela, qui a adopté la forme fédérale.
Des troubles secouent immédiatement le pays, attisés par l'arrivée de troupes d'Espagne, en mars 1812 afin de reconquérir le territoire. De plus, cette arrivée coïncide avec un terrible tremblement de terre dont les répercussions sont exploitées par les opposants à l'indépendance qui y voient une punition divine. Commence alors une guerre entre les loyalistes et les patriotes qui durera entre dix et quinze ans selon les provinces et les villes (la dernière ville sera reprise par les Espagnols en 1826). La prise de Caracas par le chef loyaliste Domingo Monteverde, le 30 juillet 1812, marque le début de ce que l'on appelle paradoxalement la Pacification. Car, de fait, le conflit se transforme en guerre civile. Bolívar mène, à partir de mai 1813, la Campagne admirable, qui est suivie de la proclamation, en juin, du « décret de guerre à mort » qui appelle à l'extermination de l'Espagnol. Après avoir repris la capitale en août 1813, Bolívar, proclamé Libertador de Venezuela, instaure la Seconde République. Mais l'intensité des combats ne permet pas de restaurer les institutions civiles ; la République est dissoute et Bolívar se réfugie avec de nombreux patriotes, en 1814, en Nouvelle-Grenade. De la fin de 1814 à mai 1817 se constitue alors, à l'initiative des chefs révolutionnaires restés sur place, la República errante en armas.
Dès janvier 1815, le régime monarchique est rétabli dans tout le Venezuela. En avril, le général espagnol Morillo mène une deuxième campagne de Pacification qui s'accompagne d'une tentative de régularisation des armées loyalistes. Celle-ci a pour conséquence le basculement décisif des llaneros (hommes à cheval), avec à leur tête José Antonio Páez, dans le camp des patriotes qui remportent alors leurs premières victoires décisives. La réunion d'un Congrès constitutionnel à partir de février 1819 consacre la prééminence des militaires sur la scène politique. La Constitution d'Angostura est proclamée, mais à la suite des victoires des armées de Bolívar dans les Andes, de la défaite des Espagnols à Boyacá (7 juillet) et de la libération de Bogotá (10 août), la république de Colombie (appelée a posteriori Grande-Colombie) est proclamée et la Loi fondamentale consacrant l'union du Venezuela, de la Nouvelle-Grenade et de l'Audience de Quito est approuvée en décembre 1819. Bolívar l'emporte définitivement sur les Espagnols à Carabobo en juin 1821 et, le 12 juillet, une nouvelle Loi fondamentale est édictée, qui établit le système centraliste. À la fin d'août, le Congrès général de Colombie sanctionne la Constitution de Cucutá et Bolívar est élu président de la république de Colombie.
Le Venezuela, divisé en départements, fait très vite entendre ses dissensions avec le pouvoir central. En mars 1828, Bolívar se dote de pouvoirs extraordinaires sur tout le territoire de la République et, en août, il assume la dictature. Le 26 novembre 1829, la municipalité de Caracas prononce sa séparation de la république de Colombie, qui est consacrée en mai 1830. Le général José Antonio Páez est nommé président provisoire. La Constitution du 22 septembre 1830 est de type centro-fédéral (elle est à la fois centraliste, mais concède des droits aux capitales de provinces) et elle marque la seconde indépendance du Venezuela.
Les caudillos et la construction d'un ordre nouveau (1830-1858)
Auréolé de son prestige, Paéz occupera par trois fois la présidence de la République à partir de 1830. Il prend deux mesures importantes et symboliques : la création de l'Académie militaire et l'expulsion du pays de l'archevêque de Caracas et des évêques de Mérida et de Guayana qui avaient refusé de prêter serment à la nouvelle Constitution. Mais les dispositions les plus importantes visent à redynamiser l'économie et à l'insérer dans le système mondial. Les relations commerciales avec le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, le Danemark, les Pays-Bas et les villes hanséatiques sont rétablies et renforcées, notamment par le biais de leurs colonies dans les Caraïbes. Les taxes sur les transactions commerciales (alcabalas) sont abolies afin de favoriser les exportations, les droits à l'exportation sont supprimés pour le coton, l'indigo, le cacao et le café et réduits pour le bétail et les cuirs, renforçant ainsi les privilèges des hacendados et des producteurs de bétail. De même, l'instruction publique est favorisée, notamment avec la création de collèges dans plusieurs villes du pays ; et la liberté de culte est promulguée. À la fin du premier mandat de Páez, en janvier 1835, la balance commerciale est positive, même si la dette extérieure demeure extrêmement élevée.
L'élection du premier président civil, José María Vargas, génère un climat de tension qui débouche, en juillet 1836, sur une tentative de coup d'État menée par des militaires avec l'appui de réformistes, appelée « révolution des réformes », mais qui, sans soutien de la population, signe le retour de Páez à la présidence en février 1839.
Ce deuxième mandat est marqué par la volonté d'approfondir les réformes en matière de commerce, d'infrastructures et de renforcement de l'État (mise en place de tribunaux et de juges, création de la Banque nationale, construction de routes, etc.). Toutefois, la crise économique mondiale de 1842 entraîne une baisse des prix des produits d'exportation, notamment du café, affectant ainsi les ressources nationales. Le gouvernement est affaibli et fait l'objet de critiques de la part de l'opposition libérale regroupée au sein du Parti libéral, qui avait été fondé en 1840 par Antonio Leocardio Guzmán.
À la fin de 1842, l'élection présidentielle porte de nouveau au pouvoir un militaire, le général Carlos Soublette qui décrète immédiatement l'amnistie pour les insurgés de 1830. Toutefois, la crise économique entraîne une détérioration du climat politique avec des attaques de plus en plus virulentes de la part du Parti libéral, et l'organisation d'un soulèvement paysan en 1846 en faveur de la redistribution des terres et de l'abolition de l'esclavage.
L'élection de 1847 marque un changement notable dans la conception de l'exercice du pouvoir. Durant plus de dix ans, les frères Monagas (José Tadeo de 1847 à 1851 puis de 1855 à 1858 ; et José Gregorio de 1851 à 1855) se succèdent à la présidence. José Tadeo Monagas profite de la faiblesse des libéraux pour promouvoir son frère à la présidence en 1851. C'est à lui que revient d'abolir l'esclavage en 1854, laissant cependant les campagnes dans une situation difficile face à la pénurie de main-d'œuvre. Le processus d'abolition de l'esclavage a donc été lent – malgré un décret de Bolívar dès 1817 − et plus souvent lié au contexte politique. Un premier pas avait été franchi avec l'abolition de la traite durant la première République, puis la « liberté des ventres » (libertad de vientres) avait été accordée, permettant aux enfants d'esclaves de naître libres.
Les frères Monagas gouvernent avec leur clientèle et leur clan familial qui accaparent les terres nationales, se livrent à des trafics et ne montrent aucun respect pour les institutions. La seule continuité réside, de fait, dans la prééminence des militaires sur la scène politique.
La guerre fédérale et la montée en puissance des caudillos (1858-1870)
Outre les conflits latents au sein de la société, les causes immédiates de la guerre civile, appelée Guerre fédérale (1859-1863), sont liées à l'amendement de la Constitution de 1857 qui permettait à José Tadeo Monagas de se représenter à l'élection présidentielle. Ce changement a entraîné l'opposition d'une partie des libéraux qui, alliés aux groupes conservateurs, ont renversé le président le 5 mars 1858. C'est Julián Castro qui lui succède. Le 20 février 1859, le commandant Tirso Salaverría inaugure, à Coro, le « cri de la fédération » qui marque le début de la Guerre fédérale ; celle-ci va opposer des caudillos locaux (favorables à Monagas) et leurs armées particulières aux troupes gouvernementales. Le 1er août 1859, un gouvernement conservateur se met en place, il bat l'armée fédéraliste à Coplé en février 1860, mais il est renversé lors du coup d'État du 29 août 1861, organisé à la suite du retour de Paéz, qui instaure alors un régime dictatorial.
Il faut toutefois au nouveau pouvoir près de deux ans pour parvenir à un accord avec les troupes fédéralistes et signer le traité de Coche, qui entérine la victoire des libéraux. Celle-ci se traduit par l'élection du chef militaire Juan Crisóstomo Falcón à la présidence de la République (1863-1868) et par la proclamation d'une nouvelle Constitution en 1864.
La victoire des libéraux ne résout pas pour autant les problèmes de fond : les rênes sont toujours entre les mains d'une minorité qui se dispute le pouvoir, le plus souvent par les armes, alors que les militaires demeurent au premier plan, et il n'existe pas de formation politique représentant les autres secteurs de la société.
Antonio Guzmán Blanco, l'autocrate civilisateur (1870-1888)
Antonio Guzmán Blanco, chef des fédéralistes et fils du fondateur du parti libéral, accède au pouvoir en 1870 et exerce la fonction suprême à plusieurs reprises jusqu'en 1888. Il marque le pays de son empreinte, tant par la poigne de fer avec laquelle il le dirige qu'en raison du véritable bon en avant modernisateur qu'il lance.
Il mène une politique de modernisation de l'État, de laïcisation de la société (loi sur le divorce, registre d'état civil, mariage civil, suppression de l'aide financière à l'Église) et de développement à la fois culturel et des infrastructures du pays (décret d'instruction primaire publique et obligatoire en 1870, création du ministère des Travaux publics pour une meilleure intégration territoriale et pour faciliter le commerce intérieur).
Pour mener à bien ces réformes, il attire les investissements étrangers grâce à une stabilité politique acquise, parfois, au détriment de l'opposition et par la lutte contre les caudillos locaux. Une nouvelle classe économique s'installe dans la capitale qui connaît une véritable révolution urbaine (percement de larges rues et avenues, construction de somptueux édifices, lumière électrique, assainissement et hygiène publique). Cette haussmanisation de Caracas participe aussi de la volonté de centralisation du pouvoir et d'unification du pays qui se traduit par la rédaction des Codes civil, de commerce, et par la création d'une unité monétaire, le bolívar d'argent. Cette politique vise aussi à renforcer l'identité nationale, notamment à travers l'officialisation du culte de Bolívar avec le transfert, en 1876, de ses cendres dans le Panthéon national, et avec la création de l'hymne national. Dans le même temps, Guzman organise son propre culte (statues, fêtes). Toutefois, les deux dernières années de son mandat (1886-1888) sont marquées par la montée de l'opposition et les manœuvres du général Joaquín Crespo pour conquérir le pouvoir.
Vers la révolution libérale
La période entre le départ de Guzmán pour la France en 1888 et la Revoluciónliberalrestauradora en 1899 met en évidence la fragilité de l'ordre politique et économique qu'il a impulsé. L'élection de Juan Pablo Rojas Paúl en 1888, deuxième président civil du pays, marque une ouverture en matière de libertés, mais entraîne l'émergence des forces d'opposition politiques et syndicales contenues par le régime précédent, notamment face à son incapacité à mettre en œuvre la réforme constitutionnelle promise et nécessaire à la stabilité du pays. En 1890, c'est un autre civil, Raimundo Andueza Palacios qui est élu président. Grâce à une conjoncture économique favorable, il peut poursuivre la modernisation du pays (infrastructures, hôpitaux, universités) et mettre en œuvre la réforme des institutions, sanctionnée par la Constitution de 1891. L'opposition qu'elle suscite débouche sur un mouvement armé dirigé par le général Crespo. Cette Revoluciónlegalista entre victorieuse dans Caracas en octobre 1892. Crespo prend alors la tête du pays.
Les priorités du gouvernement sont la professionnalisation de l'armée et la réforme de la Constitution avec, en 1893, une refonte de la loi électorale (vote secret et direct) qui fixe le mandat présidentiel à quatre ans et octroie l'autonomie aux États. Toutefois, le troisième mandat de Crespo (1894-1898) est marqué par une situation économique catastrophique, une agriculture presque à l'abandon et une industrie inexistante, ainsi que par un fort déficit fiscal qui conduisent à la paralysie du commerce, au chômage et à de nombreuses manifestations de rues des travailleurs, réprimées par la force. L'opposition libérale échoue toutefois à faire élire son candidat aux élections de 1898 qui portent au pouvoir le général Ignacio Andrade. Son gouvernement est la proie de conspirations caudillistes. Le général Cipriano Castro, issu de la région la plus prospère du pays, mais délaissée par le pouvoir central, les Andes, conteste la légalité de la victoire d'Andrade. Sous l'accusation de violation de la Constitution, il oblige Andrade à démissionner : c'est le début de la Revoluciónliberalrestaudoraet de l'hégémonie des Andins au pouvoir.
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Écrit par
- Virginie BABY-COLLIN : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de géographie, maître de conférences à l'université de Provence
- Véronique HÉBRARD : professeur d'histoire et civilisations de l'Amérique latine, université de Lille
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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