POUTINE VLADIMIR (1952- )
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Restauration de l’État et du consensus national
Dès son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine affirme son intention de mettre fin au chaos auquel les Russes associent alors la démocratie. Les slogans de « verticale du pouvoir » et de « dictature de la loi » traduisent sa volonté de mettre au pas tant les chefs de région, dont les revendications séparatistes menacent l'intégrité du pays, que les oligarques qui ont acquis une trop grande influence sur le politique. Il soumet les premiers à sept « superpréfets » chargés de veiller à la mise en conformité des législations régionales avec les lois fédérales et amoindrit considérablement les prérogatives des gouverneurs, qui, à partir de 2005, sont nommés par lui et non plus élus par leurs administrés. Le sort réservé aux oligarques est plus contrasté. Certains choisiront l'exil dès 2000 pour échapper aux poursuites (Vladimir Goussinski et Boris Berezovski, ancienne éminence grise, qui s'est malencontreusement vanté d'avoir « fabriqué » le nouveau président) ; Mikhaïl Khodorkovski devra sans doute son arrestation en 2003 aux ambitions politiques qu'il a affichées, même si elle a été justifiée par des fraudes fiscales. D'autres ont pu continuer à agrandir leur empire, prouvant leur allégeance en prenant en charge à la place de l'État certains investissements sociaux (Roman Abramovitch, en tant que gouverneur de la région sibérienne de la Tchoukotka, par exemple).
Le système politique qui s'instaure alors est justifié en Russie comme étant une « voie spécifique », une « démocratie souveraine », discours qui s'adosse à la montée de l'anti-occidentalisme au sein de la société durant les années Eltsine. La prise de contrôle des médias, le verrouillage de l'espace politique avec la marginalisation des partis d'opposition, y compris le Parti communiste pourtant majoritaire à la Douma lorsque Boris Eltsine démissionne, la mise sous tutelle de la société civile (officiellement mais sélectivement représentée au sein d'une Chambre civique qui sera créée en 2005) ne suscitent pas de mobilisation. Vladimir Poutine est réélu triomphalement le 14 mars 2004 avec 71,3 % des suffrages dès le premier tour.
Sa cote de popularité, alors constamment supérieure à 70 %, s'explique par sa capacité à concilier les contraires, qu'il manifeste dans des gestes symboliques, comme le rétablissement de l'hymne national soviétique avec des paroles nouvelles. Certains le tiennent pour libéral (ce qui est justifié par l'adoption des cadres institutionnels du marché) quand d'autres voient en lui le rédempteur des valeurs soviétiques, les uns et les autres lui étant reconnaissants d'avoir restauré la fierté nationale en redonnant à la Russie un poids dans le concert des nations. Avec lui, le patriotisme devient le nouveau discours consensuel et c'est à lui, plutôt qu'à la conjoncture favorable due à l'évolution du cours des hydrocarbures, que les Russes attribuent le retour de la croissance et l'amélioration de leur niveau de vie. Ils lui savent gré d'avoir assuré la sortie d'une transition tumultueuse et douloureuse et réhabilité l'autorité de l'État.
Il n'est donc pas étonnant qu'une partie de l'opinion publique soit, à l'issue de son second mandat, favorable à une révision de la Constitution lui permettant d'en briguer un troisième. Le choix de Vladimir Poutine lors de la présidentielle de 2008 est finalement ambigu. Il affiche son respect de la Loi fondamentale, mais désigne son dauphin, Dmitri Medvedev, dans une procédure toute dynastique. Et surtout, il garde les rênes de l'exécutif en devenant Premier ministre. Il prend même la tête du législatif en acceptant la présidence de Russie unie, « parti du pouvoir » créé pour lui en 1999 et vainqueur des élections de décembre 2007 (avec 64 % des voix).
C'est donc au poste de Premier ministre qu'il doit faire face à la crise financière mondiale de 2008 qui touche durement la Russie. S'il réussit d'abord à désamorcer la colère de la population en affichant sa sévérité à l'égard des patrons de grandes entreprises qu’il empêche de procéder à des licenciements massifs, le mécontentement croissant se manifeste, à partir de 2010, avec l'apparition de slogans qui lui sont hostiles, tandis que s'affermit la cote de popularité de Dmitri Medvedev, qui selon certains pourrait favoriser une libéralisation du système tant politique qu'économique. Tous s'interrogent sur la marge de manœuvre de ce dernier au sein d'un système de gouvernement opaque, alors que les siloviki, ces hommes des ministères dits « de force » (police, armée, services secrets) qui ont vu leur influence grandir sous la présidence de leur collègue Vladimir Poutine, semblent s'implanter résolument, notamment dans le domaine économique.
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Écrit par
- Myriam DÉSERT : professeure émérite en civilisation russe à Sorbonne-université
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