XINJIANG [SIN-KIANG]ou TURKESTAN CHINOIS
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Le développement économique
Le peuplement
Le Xinjiang comptait au recensement de 2000 quelque 19 millions d'habitants, dont 7,8 millions de Chinois han et plus d'une dizaine de « nationalités », dont la grande majorité appartient à la famille turque :
– les Ouïgours (8,8 millions), qui sont les cultivateurs des oasis qu'ils ont occupées à partir du ixe siècle, assimilant les premiers occupants d'origine indo-européenne ;
– les Ouzbeks (14 600), mêlés au peuplement ouïgour ;
– les Kazakhs (1,3 million), organisés en un « département autonome » d'Ili, qui sont au contraire un peuple de pasteurs transhumants, entre les steppes et les prairies alpines ;
– les Kirghizes (174 000) et les Tatars (4 900) sont aussi des pasteurs, mais cantonnés aux vallées occidentales.
Tous ces peuples sont musulmans (sunnites) comme le sont également les Hui (867 000), descendants des colonies envoyées par les Mandchous et qui constituent le « département autonome » de Changji et le « district autonome » de Yanqi, et aussi les Tadjiks (41 000), de souche indo-européenne, implantés sur le flanc du Pamir.
Plus de 167 000 pasteurs mongols sont organisés en deux « départements autonomes » – Bayingolin et Bortola – et un « district autonome » – Hoboksar. Ce sont encore quelque 40 300 Xibe (Sibo) et 24 000 Dongxiang, descendants de guerriers mandchous et qui sont éleveurs dans la vallée de l'Ili ; il y reste même des Russes, dont la pénétration date d'avant et d'après la révolution d'Octobre et qui constituent une « minorité nationale » chiffrée officiellement à plus de 11 000 !
Les activités traditionnelles
On peut distinguer trois types d'implantations liés à trois formes d'activités traditionnelles.
Les Han, les Hui et les Russes constituent un peuplement urbain et sont essentiellement engagés dans des activités du secteur tertiaire : administration, commerce.
Les Ouïgours, agriculteurs des oasis, cultivent au total près de 2 000 000 d'hectares de terres ; 96 p. 100 de celles-ci sont irriguées à partir des rivières descendues des Tianshan et des Kunlun et dont les eaux, grossies au début de l'été par la fonte des neiges, sont conduites dans les champs par des canaux de dérivation ou aryk. Les céréales occupent 80 p. 100 des terres cultivées, dont près de la moitié est consacrée au blé (blé d'hiver dans le bassin du Tarim ; blé de printemps au nord des Tianshan et dans la vallée de l'Ili, plus froids). Le maïs vient au deuxième rang, occupant 25 p. 100 des terres cultivées, dont les quatre cinquièmes sur le cours supérieur du Tarim, où il est semé après la récolte du blé (fin juin). Le riz, d'une excellente qualité, occupe 5 p. 100 des terres arables, surfaces qui se sont accrues de 25 p. 100 entre 1949 et 1955. Le coton est la grande culture industrielle du Xinjiang ; il a connu un développement considérable : moins de 3 p. 100 des surfaces cultivées en 1949, 28 p. 100 en 1996, œuvre essentielle des fermes d'État du Nord-Xinjiang. Avec une production de 1,57 million de tonnes en 2001, le Xinjiang est devenu la plus importante région de production cotonnière de Chine. Le bassin de Tourfan et la vallée de l'Ili constituent deux régions agricoles particulièrement remarquables : l'irrigation est assurée dans le bassin de Tourfan par la technique iranienne des kariz, canaux souterrains de plusieurs kilomètres qui recueillent les eaux infiltrées dans les talus de piémont ; un millier de kariz irriguent ainsi plus de 11 000 ha, dont la moitié au moins est consacrée au blé et au coton, mais c'est surtout la production fruitière qui fait la richesse de la région. La rivière d'Ili offre de grandes facilités d'irrigation ; sa vallée fournit le tiers du blé de printemps et une part importante du riz du Xinjiang ; maïs, soja, tabac, coton, soie, pommes (10 000 ha) sont les autres productions de cette région.
L' élevage est l'activité essentielle ou exclusive de toutes les autres « nationalités » du Xinjiang. Il s'agit en général d'un élevage transhumant, pratiqué surtout par les Kazakhs et qui utilise les steppes de Dzoungarie pendant la saison froide et les prairies alpines des Tianshan en été. Le troupeau du Xinjiang comptait 46 millions de têtes en 2001, dont une forte majorité d'ovins (60 p. 100 de la production chinoise de laine), des bovins, des chevaux (dont la race de la vallée de l'Ili, la plus réputée de la Chine) et des chameaux (élevage mongol).
L'agriculture pionnière
La conquête agricole des terres arides du Xinjiang amorcée dès les débuts de l'Empire s'est développée à grande échelle à partir des années 1950, en particulier avec la constitution des Corps de production et de construction de l'Armée populaire de libération : outre de très nombreuses unités industrielles et de transport, ces nouveaux soldats-laboureurs ont établi 174 bases agropastorales cultivant plus de 900 000 ha de labours irrigués (coton et céréales) et exploitant quelque 3 millions d'hectares de ranches d'élevage, et de vergers ; ce front pionnier, qui progresse, est ouvert sur les piémonts méridional et septentrional des Tianshan, ce dernier restant essentiel avec douze grands périmètres commandés chacun par une ville nouvelle, dont la plus importante est à ce jour Shihezi, dans le bassin de la Manas (573 000 hab. en 2000 avec l’agglomération). Représentant 13,2 p. 100 du P.I.B. de la région autonome en 2001, ces activités emploient au total 2 453 000 pionniers militaires, effectifs auxquels s'ajoutent les effectifs (inconnus) de plus de 200 fermes d'État de l'administration civile et de l'administration pénitentiaire.
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Écrit par
- Évelyne COHEN : chercheur de troisième cycle à l'université de Paris-VII
- Pierre TROLLIET : professeur des Universités, Institut national des langues et civilisations orientales
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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Voir aussi
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- SINO-SOVIÉTIQUES HISTOIRE DES RELATIONS
- ISLAMISME
- KACHGARIE ou KAŠGARIE
- MINORITÉS
- RÉVOLUTION CULTURELLE EN CHINE (1966)
- FRONT PIONNIER
- TRAITÉS INÉGAUX
- DZOUNGARS ou DJOUNGARES ou JÜNGAR
- AGRAIRES STRUCTURES
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- GAZODUC
- OLÉODUC
- TARIM BASSIN DU
- YAKUB BEG (1820 env.-env. 1877)
- TAKLA MAKAN
- KAZAKH
- ILI
- SHENG SHICAI [CHENG CHE-TS'AI]
- KARAMAI
- KASHI ou KACHGAR
- ÜRÜMQI ou WULUMUQI
- TOURFAN BASSIN DE
- YINING
- CHINE, géographie
- CHINE, histoire : l'Empire, des Qin aux Yuan (1280)
- CHINE, histoire : l'Empire, des Yuan à la Révolution de 1911
- CHINE, économie
- ISLAM EN CHINE
- GUOMINDANG (GMD) ou KUOMINTANG ou KOUO-MIN-TANG (KMT)
- CHINE, histoire : de la Révolution de 1911 à la République populaire
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- RUSSIE, histoire, de 1801 à 1917
- EXPLOITATION PÉTROLIÈRE
- PÉTROLIÈRE PRODUCTION